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Dans les coulisses de la réunion de famille la plus chaotique au monde
Bryan Cranston, Frankie Muniz et Jane Kaczmarek nous donnent un avant-goût de ce qui nous attend pour ce retour tant attendu.
© Entertainment Weekly
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Cet article est une traduction française de l'article original, écrit par Amy Wilkinson et publié sur le site internet de Entertainment Weekly le 24 mars 2026.
Pour consulter l'article original en anglais, cliquez ici.
Frankie Muniz bout de colère — et ce, en deux langues. « Pour l'amour du ciel, je parle couramment l'espagnol ! » s'écrie l'acteur, le visage de plus en plus rouge, en repoussant sa chaise de la table à manger. « Je sais comment on dit quesadilla ! » Sa famille de fiction n'est pourtant pas convaincue. « Je ne sais pas... on aurait dit que tu as dit kou-sa-dil-la », rétorque Bryan Cranston, en articulant chaque syllabe avant d'engloutir une tortilla au fromage. « Non, c’est plutôt qui-sa-dil-la ! » renchérit Jane Kaczmarek.
Cette scène ridicule pourrait être l'une des quelque 43 687 scènes des sept saisons de Malcolm, durant lesquelles le petit génie incarné par Muniz était contraint de se défendre face aux moqueries de sa famille dysfonctionnelle. Pourtant, il ne s'agit pas d'une scène de la sitcom originale de la Fox.
En y regardant de plus près, on peut repérer quelques indices : la perruque brune dissimulant les cheveux désormais argentés de Kaczmarek, la peinture fraîche et rose sur les murs du salon, ou encore ce sixième enfant attablé devant un plat mexicain.
Il s'agit en réalité d'un flashback tiré du retour de la série sur Hulu, une série-événement en quatre épisodes intitulée Malcolm : Rien n'a changé (prévue pour le 10 avril), qui est alors en tournage dans un studio à Vancouver, au Canada. Et cette scène, bien qu'absurde, est loin d'être anodine. Elle illustre l'une des millions de petites piques qui ont poussé Malcolm à couper les ponts. Car oui, ce dernier a fini par rayer sa famille envahissante de sa vie. Ils ne le savent simplement pas encore.

C'est une réunion de famille !
Malgré les tensions à table, l'ambiance sur le plateau en cet après-midi de mai est légère et joyeuse. « On n'arrête pas de rire », confie Cranston lors d'une pause. La plupart des acteurs terminent leur tournage aujourd'hui, mais Cranston restera pour quelques scènes en solo (sans trop spoiler, ce sera tout un trip !), ce qui donne à l'air un parfum de nostalgie, comme un dernier jour d’école.
Jane Kaczmarek a apporté son album souvenir de l'équipe datant de 2006. Elle, Muniz et Christopher Masterson (qui joue l'aîné, Francis) sont blottis dans la cuisine à feuilleter les pages. « J'avais écrit : "Vous viendrez dîner à la maison !" », s'amuse Muniz. Ça n'est jamais arrivé. Je vais réécrire ça. ».

Vingt ans ont passé depuis la fin de la série en 2006. Si de nombreux acteurs sont restés en contact — Cranston voyant Muniz pour un dîner de temps à autre, ou tournant une fin alternative pour Breaking Bad avec Kaczmarek — ce retour est, pour certains membres de l'équipe, la première fois qu'ils se revoient en deux décennies. C'est d'ailleurs à Cranston qu'ils le doivent en grande partie.
« Cela fait des années que je veux faire ça, mais il fallait une bonne raison », explique Cranston. « Il fallait que l'histoire soit là — sans quoi, on se serait contentés de passer le temps dans le salon de quelqu'un. »

Cranston a commencé à parler d'un retour de la série à son créateur, Linwood Boomer, il y a une dizaine d'années. Mais à l'époque, celui-ci n'était pas emballé. « C'est passé de simples suggestions à des relances incessantes, puis carrément à du harcèlement », plaisante Boomer. Cranston ne nie rien : « J'étais comme le supplice de la goutte d'eau... Finalement, il a juste voulu que la torture s'arrête. »
Cela n’a rien arrangé que l’épouse de Boomer, Tracy Katsky Boomer — qu’il a rencontrée sur le plateau de la série originale et qui officie comme productrice exécutive sur ce retour — prenne le parti de Cranston. « Elle me disait : "Pourquoi ne ferais-tu pas au moins la politesse à ton ami d'y réfléchir sérieusement ?" Et moi, j'étais là à me dire : "Et merde..." », raconte Boomer.

Alors, il a réfléchi. Encore et encore. Mais Boomer ne parvenait pas à trouver une idée de scénario qui justifie de réunir toute la bande. C’est finalement Katsky Boomer qui l’a sauvé de sa spirale obsessionnelle. Son idée ? Malcolm élève une fille qui lui ressemble trait pour trait.
« Je me suis dit : "Oh la vache, c'est une super idée" », confie Boomer.

Le concept l'a intrigué sous deux angles. Primo : À quoi ressembleraient les névroses de Malcolm chez une adolescente en quête d'acceptation et de reconnaissance auprès de ses pairs ? Secundo : Quel effet cela ferait-il à Malcolm, en tant que père, de voir l'histoire se répéter sans savoir comment changer les choses ?
Boomer s’est mis en tête de répondre à ces questions avec, pour toile de fond, le 40e anniversaire de mariage de Hal et Lois — un événement qui forcerait toute la progéniture du couple, y compris un Malcolm qui a coupé les ponts, à revenir au nid. Mettre sur pied cette réunion de famille chaotique allait demander du cran, de la détermination et une précision quasi militaire qui aurait fait pleurer de joie le commandant Spangler.
Reconstruire les fondations
Au lieu de son domicile d'origine sur le plateau 20 du Radford Studio Center à Studio City, en Californie, le retour de Malcolm s’est tourné à Vancouver — une décision dictée presque entièrement par les chiffres. (Boomer estime que l'économie réalisée en tournant en Colombie-Britannique plutôt qu'en Californie était d'environ 35 %, bien qu'il se soit battu pour l'option californienne afin qu'un maximum de membres de l'équipe originale puisse revenir. Hélas, les décideurs de chez Disney ont eu le dernier mot.)
D'emblée, un problème de taille s'est posé : aucun plan du décor original n'avait survécu.

Par pur hasard, le mari de la costumière Heidi Kaczenski avait conservé un croquis du plan au sol — sans les mesures, certes, mais cela a donné à l'équipe une base de travail, complétée par des captures d'écran des épisodes de l'époque. Le producteur délégué Jimmy Simons a également aidé à combler les lacunes. « Il connaissait chaque recoin de ce décor », confie Boomer.
Comme la production, dirigée par le réalisateur de l'époque Ken Kwapis, disposait d'un studio bien plus vaste, l'équipe a recréé le décor à une échelle légèrement plus grande pour donner plus de champ aux caméras. (L'équipe pouvait aussi circuler plus librement sans avoir à enjamber le capharnaüm de cinq garçons en pleine croissance — fini les G.I. Joe décapités, les pistolets à eau à moitié vides ou les cartons de pizza tachés de sauce tomate qui jonchent le sol.)

Le rendu global de ce décor reconstitué était surréaliste selon Jane Kaczmarek, qui compare l'expérience à une traversée de son quartier d'enfance des années plus tard. « On l'a vu un million de fois, mais on sent que quelque chose a changé », dit-elle.
La production a été d'autant plus complexe qu'il a fallu trouver un créneau de six semaines où toutes les stars étaient disponibles. Étonnamment, c'est l'emploi du temps de Muniz — et non celui du prolifique Cranston — qui a été le plus difficile à coordonner, explique Boomer, car l'acteur de 40 ans est désormais pilote de course à plein temps sur le circuit NASCAR. (Pour les passionnés de mécanique, il conduit un Ford F-150 pour Reaume Brothers Racing dans la série Craftsman Truck.) Pour s'adapter à l'agenda de Muniz, le tournage avait lieu du dimanche au jeudi, plutôt que du lundi au vendredi.
« Je tournais du dimanche au mercredi, je prenais l'avion le jeudi, je pilotais le vendredi et je rentrais le samedi », raconte Muniz. « C'était épuisant, mais je sais aussi à quel point c'est une chance de pouvoir refaire ça, donc je n'allais pas me plaindre. Je suis très reconnaissant envers toute la production d'avoir composé avec mon calendrier NASCAR. »

Si presque tous les membres de la distribution étaient impatients de participer, il y a eu un grand absent : Erik Per Sullivan, qui jouait Dewey, le frère fantastique. Boomer a tenté à plusieurs reprises de le convaincre — allant jusqu'à imaginer une intrigue où Dewey n'apparaîtrait que via des appels Zoom, pour que Sullivan puisse filmer sa part depuis chez lui en moins d'une journée — mais l'homme de 34 ans n'a pas pu être persuadé de revenir sous les projecteurs. (Il se trouve que Sullivan était occupé par un master à l'Université de Harvard. Malcolm serait fier.) Le rôle de Dewey a été repris par Caleb Ellsworth-Clark (vu dans Wynonna Earp), qui ressemble trait pour trait à ce que l'on imagine de Dewey à l'âge adulte.
Parmi les autres nouveaux venus, citons Anthony Timpano dans le rôle de Jamie, le plus jeune frère (né à la fin de la saison 4), Vaughan Murrae dans le rôle de Kelly, l'ado non-binaire de la famille (un sixième enfant inattendu, suggéré par le test de grossesse positif de Lois lors du final de la série), Kiana Madeira dans le rôle de Tristan, la petite amie de Malcolm, et Keeley Karsten dans le rôle de Leah, la fille de Malcolm.

Un regard dans le rétroviseur
Retrouver le plateau de Malcolm — bien qu'il s'agisse d'une version neuve et améliorée — a fait rejaillir des années d'émotions et de souvenirs pour les acteurs, rendant d'autant plus profonde la réalisation que ces moments ont failli ne jamais exister.
Malcolm était un outsider dès le départ. La série originale, inspirée par l'enfance de Boomer au sein d'une fratrie de quatre garçons, a été rejetée par presque toutes les chaînes avant que la chaîne UPN ne finisse par s'y intéresser... pour finalement l'abandonner en plein développement. « Les gens disaient que la sitcom familiale était morte, alors ils ne voulaient pas y toucher », confiait Al Higgins, co-producteur exécutif de la série originale, à Entertainment Weekly en 2000.

Il n’avait pas tort : au tournant du millénaire, le genre était bel et bien sur le déclin. Les piliers des années 90 comme La Fête à la maison ou La Vie de famille avaient quitté l’antenne depuis des années, et Modern Family n'allait pas faire son arrivée avant neuf ans. Si Tout le monde aime Raymond résistait bien, les classements d’audience de l'an 2000 montraient une préférence pour les drames comme Urgences, New York, police judiciaire et The Practice, sans oublier l'incontournable jeu télévisé Qui veut gagner des millions ?.
Higgins attribue à Doug Herzog, alors président de Fox Broadcasting Entertainment, le mérite d'avoir reconnu le potentiel de Malcolm et de l'avoir sauvé de la case poubelle. Mais, dans ce qui pourrait être vu comme un ultime camouflet, la série s'est retrouvée programmée pour une arrivée en milieu de saison, plutôt que comme une grande nouveauté de la rentrée de septembre. Finalement, ce timing n'a pas semblé peser bien lourd : les fans sont rapidement tombés sur la série et ne se sont plus lassés des frasques des frères Malcolm, Francis, Reese (Justin Berfield) et Dewey.

Une partie du succès de la série est sans doute due au fait qu'elle était une sitcom familiale à une époque où les options étaient rares (c'est ce que les décideurs appelleraient une « niche inexploitée »). Mais la série proposait aussi quelque chose de frais : un format à caméra unique, une narration brisant le « quatrième mur » et l'abandon des vieux rires enregistrés devenus lassants. L'écriture, frôlant parfois un ton presque trop adulte, était également excellente. C'est ce qui a frappé Bryan Cranston, un acteur qui travaillait régulièrement depuis deux décennies principalement dans des rôles secondaires pour des séries comme Seinfeld et Arabesque, mais qui n'avait pas encore percé dans un rôle principal.
« Quand j'ai lu le script de Malcolm, j'ai ri aux éclats », se souvient Cranston. « C'était si bien construit et si bien écrit que je savais que si je pouvais participer à cette série, j'en serais fier. Cela ne voulait pas dire qu'elle connaîtrait le succès, car le succès — qu'il s'agisse de la télévision ou du cinéma — demande beaucoup de chance. [Mais] ce que j'en ai appris, c'est que la meilleure chose à faire est d'avoir un scénario bien écrit. »

Tout comme Cranston, Jane Kaczmarek multipliait les apparitions depuis le début des années 80, avec des rôles dans Capitaine Furillo, Cybill ou Frasier, avant que ne se présente le rôle de sa vie : celui de la mère acariâtre de Malcolm. Son enthousiasme débordant pour le personnage n'était toutefois pas partagé par ses proches dans son Wisconsin natal. « Ma mère — paix à son âme — n'a jamais aimé Malcolm, parce qu'elle disait que des enfants ne devraient pas cracher de la pizza à la télévision », raconte Kaczmarek avec l'œil pétillant. « Quelqu'un de son club de bridge m'a écrit un petit mot disant : "Franchement, bonne chance. Continuez comme ça." »

Force est de constater que les clubs de bridge du Wisconsin n'ont pas encore produit de critique de télévision célèbre : et pour cause, ils se trompaient sur toute la ligne. Malcolm n'était pas seulement adoré par les fans, les critiques l'aimaient aussi. De 2000 à 2006, la série a décroché sept Emmy Awards (dont deux pour Cloris Leachman), Kaczmarek ayant été nommée pour l'Emmy de la meilleure actrice lors de chacune des sept saisons. « C'est devenu un succès bien plus grand que tout ce que j'avais pu imaginer », confie Kaczmarek. « C'était incroyable. »
Grâce aux rediffusions et au streaming, Malcolm ne charme pas seulement une nouvelle génération de téléspectateurs, la série assure aussi, pour le compte des États-Unis, la mission délicate et ingrate d'ambassadeur culturel à l'étranger. Comme le raconte Kaczmarek : « Je changeais d'avion à Heathrow quand un couple s'est approché de moi pour me demander : "On peut prendre une photo avec vous ?" J'ai demandé : "D'où venez-vous ?" Ils m'ont répondu : "Du Pakistan." »

Un regard vers l'avenir
« Tu as vu un médecin ? Comment tu te sens ? Ça fait mal ? » Nous sommes en septembre, et Cranston, Kaczmarek et Muniz arrivent sur le plateau pour leur séance photo avec Entertainment Weekly. Muniz, lui, soigne un poignet cassé. Kaczmarek, éternelle mère attentionnée, l'accueille avec une grande accolade et un baiser avant de le cribler de questions. (Il s'avère que Muniz s'est blessé en tombant d'une échelle alors qu'il changeait les piles de sa sonnette connectée.)

Plus tard, quand Muniz reçoit un retour du photographe écrit sur un bout de papier, sa réponse est du pur Malcolm, tout en autodérision : « Personne ne vous l'a dit ? Je ne suis pas vraiment un bon acteur. » Il plaisantait peut-être sur le moment, mais lorsqu'il repense à ces six semaines de tournage à Vancouver, il se montre moins méprisant envers son talent. Il confie même que cette expérience a provoqué un déclic chez lui.
« C'était la première fois de ma carrière que j'étais fier de porter l'étiquette "d'acteur" », confie Muniz. « Quand j'étais gamin, je me contentais de venir et de dire mon texte, et ça marchait. Maintenant, j'arrive avec un plan en tête pour chaque scène. Faire ce travail de préparation rend le processus vraiment très amusant. »

Cela signifie-t-il qu'il serait prêt à accepter davantage de rôles ? Muniz n'écarte pas l'idée, mais il précise également que la course automobile reste une priorité et qu'il doit, pour l'instant, concilier les deux.
Compte tenu de l'engouement suscité par ce retour en quatre épisodes — et du plaisir manifeste qu'a pris le casting à le tourner — une question évidente se pose : un véritable reboot est-il envisageable ? Après tout, avec Leah, la fille de Malcolm, qui est le portrait craché de son père, un spin-off au féminin avec la génération Alpha semble déjà tout trouvé. « C'est tout un nouvel ensemble de personnages et de situations qui ne demandent qu'à être exploités », affirme Kaczmarek.

De leur côté, les producteurs exécutifs de la série sont convaincus que la jeune Karsten, 16 ans, a les épaules pour le rôle. « Elle pourrait absolument porter une série à elle seule », déclare Katsky Boomer. « Keeley est une star en devenir », renchérit Linwood Boomer. « En tant qu'interprète, elle possède un potentiel fou qu'il serait stupide de ne pas exploiter dans le show-business. »
Bien que Leah in the Middle ne soit pour l'instant qu'un doux rêve, Muniz aurait tout intérêt à réviser son espagnol. Car, de toute évidence, cette famille adore toujours autant les quesadillas.


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