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EXCLUSIF. Bryan Cranston : « Je suis favorable à ce que le casting de Malcolm se réunisse »

L'acteur nous a accordé une interview de plus de deux heures en mars dernier. Aujourd'hui, nous publions l'intégralité de l'entretien en vidéo, ainsi que sa retranscription.

Difficile de trouver un acteur aussi accessible avec ses fans. Bryan Cranston nous a fait l’immense honneur de nous consacrer plus de deux heures de son temps pour un entretien en visioconférence.

C’était en mars dernier, et nombre d’internautes de Malcolm France s’en souviennent encore, puisque Bryan Cranston a répondu à un très grand nombre de leurs questions. Avec une franchise rare pour un acteur, ne bottant en touche sur aucune question, il a évoqué avec nous son enfance, ses tournages, sa vision du métier d’acteur, la politique, la religion, son expérience sur Malcolm pendant plus de sept ans et sa nouvelle aventure avec Breaking Bad.

Bryan Cranston évoquant de nombreux moments forts de Breaking Bad, nous avons souhaité attendre qu’Arte diffuse l’intégralité des deux premières saisons de la série avant de vous proposer l’intégralité de cet entretien en vidéo, mais aussi avec sa traduction complète. C’est maintenant chose faite !

Malcolm France : Merci d’être avec nous, nous vous avons attendu comme le messie !
Bryan Cranston : Je suis très content d’être avec vous ! Tout d’abord je souhaiterais m’excuser auprès de tous ceux qui se sont connectés à la bonne heure, j’ai complètement oublié en me réveillant ce samedi matin. J’ai eu un rhume, je ne me sentais pas très bien, et c’est en réalité le premier matin où je commence à me sentir mieux, et j’ai complètement oublié. Donc je présente mes excuses à tous. Mais je suis là maintenant, merci d’être restés connectés, et plus encore merci pour votre intérêt pour notre série. Merci aussi de votre fidélité à Malcolm France, c’est un très bon site. Je suis prêt à commencer les questions !
Merci. Bien tout d’abord une petite question à propos de la France, parce qu’évidemment beaucoup de gens ici viennent de France. Connaissez-vous la France ? Êtes-vous déjà venu ici ?
Je suis allé en France de nombreuses fois, notamment l’année dernière, à Paris puis Marseille, et évidemment au Festival de télévision de Monte Carlo. J’y étais avec ma fille et nous avons passé de très bons moments, c’était très beau comme d’habitude, nous avons adoré. La France est un pays où les gens ont une mentalité d’artistes, une vraie appréciation pour les meilleures choses de la vie. Et je pense que c’est une bonne leçon que les américains pourraient apprendre, nous qui sommes agressifs, compétitifs, nous qui travaillons dur. Souvent nous oublions que l’on fait tout ça pour espérer vivre mieux, et les Français semblent être beaucoup plus sensibles à ça que nous. Les bons repas, les bons vins, être avec ses amis, tout ceci a une part importante dans votre vie. C’est très agréable de vivre ça en venant en France, et je suis pressé de retourner la visiter à nouveau.
Donc c’est vrai que nous sommes un cliché !
[rires] Dans le bon sens du terme !
Nous pouvons parler de Malcolm pour démarrer parce que c’est évidemment la première série qui vous a fait devenir une grande star hollywoodienne, et donc comment vous êtes-vous retrouvé dans la série ?
J’ai été la dernière personne du casting a être embauchée. Ils avaient trouvé Frankie pour Malcolm, ils avaient trouvé tous les autres acteurs, et ils n’avaient pas encore trouvé le père. J’ai lu le script et j’ai réalisé que le personnage de la mère et celui de Malcolm étaient si forts que je ne savais pas comment aborder ce personnage. J’ai donc cherché ce qui ferait une bonne union avec la mère qui était très explosive, très militaire, dans l’organisation du foyer. Et donc j’ai pensé : pourquoi son mari ne remplirait pas un créneau qu’elle ne possède pas ? Il pourrait être plus doux, plus émotionnel, plus sensible. J’ai commencé à travailler sur ces aspects, et ça semblait fonctionner, et donner à leur mariage un équilibre qui correspondait bien à la série. C’était amusant à faire.
Ressemblez-vous à Hal dans Malcolm ? Êtes-vous un père sympa ?
Oui, vous savez dans un sens il y a des éléments de Hal dans Bryan et des éléments de Bryan dans Hal, mais j’ai beaucoup aimé le jouer. C’était un homme extraordinaire et doux, très attentionné. Mais ce qui a fonctionné pour moi et pour la série, c’est que j’ai trouvé son trait de caractère fondamental : la peur. À partir de ça, on a de merveilleuses opportunités dans la comédie : il a peur d’être un mauvais mari, il a peur d’être un mauvais père, il a peur d’être viré de son job, Hal a peur de tout. Donc c’était amusant à jouer, et c’était un personnage important de la famille.

« Je suis favorable à ce que le casting de Malcolm se réunisse. »

Bryan Cranston à Malcolm France
Tout le monde veut savoir si vous êtes toujours en contact avec les acteurs de Malcolm, et si vous avez des nouvelles d’eux.
Oui ! Je suis toujours en contact avec Jane Kaczmarek qui jouait Lois. Même si notre vie professionnelle nous a séparé, nous prenons un café ou mangeons ensemble régulièrement pour nous rattraper. Elle a joué dans une série télé l’année dernière, mais cela n’a pas duré donc elle fait maintenant autre chose. C’est une bonne mère, elle a trois enfants ! Frankie est un coureur automobile professionnel, et il voyage tout autour du monde grâce à ça. Il est aussi très passionné par un nouveau groupe dont il est le batteur, basé à Phœnix dans l’Arizona. Il s’éclate ! Je vais bientôt déjeuner avec Christopher Masterson qui jouait Francis, son anniversaire est pour très bientôt et je suis impatient d’avoir de ses nouvelles. Justin Berfield qui jouait Reese a sa série, est devenu producteur. Sa nouvelle série Sons of Tucson débute cette semaine sur la Fox. Je vous invite à regarder et soutenir la série ! Je suis très fier de lui, il a travaillé très dur pour produire ça. Ce qui a rendu Justin si bon, c’est que Reese est vraiment un personnage de composition. Justin est au contraire un gars très fin, je suis très fier de lui ! Le jeune qui jouait Dewey, Erik Per Sullivan, aussi un garçon merveilleux, est maintenant un jeune homme, il est à l’université. Il est à l’université de Californie du Sud, il a un bon niveau, il est sur le point de passer en deuxième année. Comme vous le voyez, ils grandissent tous et je suis très fier de toute la famille. Quelqu’un a un jour mentionné que ce serait sympa de se réunir à nouveau, de refaire quelque chose ensemble. Eh bien j’y suis très favorable. S’il y a la possibilité de faire quelque chose comme ça et de tous nous rassembler, ce serait très bien.
C’est quoi la photo sur votre tee-shirt ?
Oh c’est ma fille ! Elle me l’a donné comme cadeau pour la Fête des pères, elle avait 5 ou 6 ans à l’époque. Je l’ai gardé et je le porte à la maison, comme ça.
Elle est très mignonne.
Merci !
Vous rappelez-vous de la première fois que vous avez rencontré les acteurs de Malcolm ?
[rires] Vous n’allez pas croire ce qu’était la première scène du tout premier épisode de Malcolm. La toute première fois que j’ai rencontré les garçons, et ils étaient petits à l’époque, tous mineurs, c’était sur la scène où je devais être nu et où Lois me rasait le dos. C’était la toute première scène que j’ai tourné pour l’épisode pilote de Malcolm, et c’était ma première rencontre avec les garçons. En gros ça c’était : « Bonjour, je suis votre père tout nu. » Et dans la prise, vous savez quand je me montre, ils font tous « oh l’horreur, je veux pas voir ça », personne ne feintait, c’était réel !
Twentieth Century Fox Film Corporation

Bryan Cranston (Hal) et Jane Kaczmarek (Lois) dans « Je ne suis pas un monstre » (saison 1, épisode 1).

Ça a dû être bizarre !
C’était très bizarre. Pour moi y compris.
Si vous aviez été producteur de Malcolm et qu’on vous avait demandé de choisir quelqu’un pour le rôle de Hal, qui auriez-vous pris ?
Hum, quelqu’un d’autre que moi donc ? C’est difficile parce que quand on démarre, quand on apprécie une série et que ça fonctionne, on a du mal à imaginer qui que ce soit d’autre dans le rôle de ce père. Je peux toujours citer des acteurs du passé qui ont eu un impact sur moi. Je peux seulement répondre à cette question en donnant mes influences en tant qu’acteur naissant, et Jack Lemmon, qui est mort depuis, était un de mes acteurs préférés. Il était très talentueux et polyvalent, capable de faire de la comédie ou du drame. J’ai appris beaucoup de Dick Van Dyke, j’ai appris de John Weider, et je pense que John pourrait avoir joué ce rôle lui aussi. Il y a eu beaucoup de gens qui m’ont servi de modèle, à la fois dans la comédie et dans le drame. C’est difficile de répondre à cette question.
Vous avez démarré la télévision quand vous aviez 19 ans, que faisiez-vous avant ? Pourquoi vous êtes-vous lancé dans la télévision ?
J’ai fait des publicités quand j’étais jeune. Mon père était acteur. Moi, je ne sais pas vraiment pourquoi je voulais être acteur. Pendant un moment je voulais devenir policier. Je suis allé à l’université étudier les sciences policières, et j’ai réalisé que ce n’était pas pour moi, donc j’ai voyagé à travers le pays pendant quelques années en moto, puis je suis retourné en Californie et j’ai réalisé que ce que je voulais faire, ce dans quoi j’espérais pouvoir être bon, c’était jouer la comédie. Je n’ai pas vraiment commencé ma carrière avant d’avoir 22 ou 23 ans.
Eh bien au moins vous pourrez avoir un rôle dans Les Experts, vous serez bon dedans !
Bonne idée !
Dans une interview récente, vous avez mentionné que vous habitez pas loin de la maison utilisée dans la série. Savez-vous si le public est souvent présent là bas pour prendre des photos, ce genre de choses ?
Oui, il y en a. C’est une belle rue arborée à Studio City en Californie, très proche de chez moi, et très proche également des studios que nous avons utilisé pour le tournage de Malcolm. C’est une très belle maison. Et ce qui est intéressant à ce propos, c’est que la veille des tournages, il y avait une équipe complète qui devait y aller pour la salir ! Ils prenaient réellement de la saleté, de la boue et de la peinture lavable, et ils en mettaient partout autour de la maison. Ils déroulaient de l’herbe morte par dessus le beau gazon des propriétaires, ils prenaient des feuilles mortes pour les mettre dans les jolies plantes qu’ils faisaient pousser pour faire croire qu’elles étaient mortes, bref ils avaient beaucoup de boulot pour que ça ait l’air moche et abandonné ! On tournait ensuite le jour suivant, et le jour d’après le tournage, l’équipe revenait pour retirer la couche de faux gazon, nettoyait tout dans les gouttières, sur les murs et les vitres, et la maison avait l’air belle à nouveau. Donc beaucoup de gens, beaucoup de fans passaient par là et regardaient la maison en disant que ça y ressemble mais que la maison était trop belle pour que ce soit celle-là.
Tout le monde voudrait savoir quel est votre épisode favori de Malcolm.
Je crois que je dirais que l’épisode « Le mot de trop » (« Rollerskates ») est mon favori…
Difficile de choisir ?
Oui, c’est dur de choisir mais l’épisode « Rollerskates » doit être le meilleur parce que j’ai réellement dû apprendre cette technique. J’avais deux semaines pour apprendre à patiner. J’ai eu la chance d’avoir un bon professeur, Fred Tallaksen, qui était le chorégraphe de la série. À chaque fois qu’il y avait des chorégraphies musicales, Fred venait pour les diriger que ce soit les cadets à l’école militaire chantant « Candyman », la fois où on a fait le « dance-dance revolution » avec Hal et Craig, le supérieur de Lois au supermarché. À chaque fois il devait venir et nous devions apprendre les pas de danse, ce qui était aussi un aspect intéressant dans la série. Je crois que mon épisode préféré est « Rollerskates » à cause de sa signification. Hal essayait d’être un bon père et de transmettre son savoir à ses enfants. Et puis j’ai aussi dû apprendre à patiner et faire mon spectacle. Et pour répondre à une question qui va probablement être posée, non je n’ai pas fait toutes les cascades. Par exemple quand j’ai fait le « cartwheel » ce n’était pas moi, mais j’ai fait tout le reste, comme le grand écart… C’était amusant à faire et ça a très bien rendu.

Twentieth Century Fox Film Corporation

Bryan Cranston (Hal) dans « Le mot de trop » (Rollerskates).

Vous avez vraiment brillé dans cet épisode !
[rires]
Avec les années, Malcolm a perdu ses téléspectateurs et la Fox n’a pas semblé avoir beaucoup de considération pour la série : plusieurs épisodes de la saison 6 n’ont pas été diffusés dans certains états à cause d’événements sportifs, et ils ont déplacé la série au vendredi pour la dernière saison. Qu’avez-vous pensé de tout ceci ? Pensez-vous que la série aurait pu durer plus longtemps ?
Oui, je pense que nous aurions pu faire au moins une année de plus, d’autant plus que j’adorais jouer dans Malcolm. Mais les choses sont ce qu’elles sont et la Fox avait ses raisons pour la programmation. On n’a pas vraiment apprécié d’être déplacé, notre premier créneau juste après Les Simpson le dimanche soir avait notre préférence, et on aurait souhaité rester à cette case horaire avec le temps. Je pense que notre audience ne se serait pas seulement maintenue si nous étions restés là, elle aurait augmenté. Mais bon, c’est comme ça, et je suis très fier des 7 ans que nous avons fait. Je vois certaines questions apparaître je peux y répondre directement si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
Oui, pas de problème !
Il y a beaucoup de questions qui traitent des différences entre Breaking Bad et Malcolm, entre Walter White et Hal. En tant qu’acteur j’ai eu de la chance d’être capable, après 7 années de Malcolm de laisser partir Hal pour pouvoir passer à quelque chose d’autre dans un registre très différent, pour poursuivre ma carrière. Souvent, un acteur est victime de son propre succès, quand on interprète un rôle qui vous rend célèbre, on est enfermé dans le même personnage, si bien que l’on vous offre des rôles similaires. Moi j’ai eu beaucoup de chance d’obtenir Breaking Bad, c’est un rôle complètement différent, très dramatique, que j’apprécie beaucoup.
Beaucoup de gens s’interrogent sur la saison 3, pouvez-vous nous dire quelque chose sur cette nouvelle saison, sur ce qui va se passer ? Que peut-on attendre de la saison 3 ?
Nous essayons de faire quelque chose qui n’a encore jamais été fait à la télévision. Depuis le début de la série, je suis une personne pleurnicharde, très sympathique, très masculine, un prof de chimie de lycée. En raison d’un diagnostic de cancer des poumons en phase terminale avec une espérance de vie d’un an et demi, je change complètement sa personnalité et devient un criminel. À la fin de la série, je serai une personne différente, un meurtrier dealer de drogue, ce qui d’un point de vue d’acteur a été très motivant. La saison 1 de Breaking Bad, tournait autour de la décision que mon personnage Walt doit prendre. À partir de là, dans la saison 2 on a exploré basiquement quelles sont les ramifications de cette décision. Dans la saison 3, on se concentre sur son acceptation de ce qu’il est en tant que personne et on voit comment il change. C’est très addictif et intéressant à visionner.

AMC

Aaron Paul et Bryan Cranston dans « Breaking Bad » (2008-2013).

Combien de temps pensez-vous que Breaking Bad puisse durer ? Vous savez qu’il a un cancer, donc il va bien devoir mourir, et le nombre de saisons est assez limité.
En effet, et ce n’est pas un problème ! Nous ne voulons certainement pas faire durer la série si elle est de moins bonne qualité. Nous espérons tourner la saison 4 en août 2010, et je pense que 5 saisons serait correct, éventuellement 6. Ces 5 saisons semblent un mécanisme naturel d’un début, un milieu et une fin à la vie de cet homme. Peu importe quand ça se termine, c’est important pour moi de pouvoir regarder en arrière, et de me dire que je suis extrêmement fier d’avoir fait Breaking Bad, tout comme j’ai été fier de ces sept années et 151 épisodes avec Malcolm.
À quoi ressemble un jour de tournage typique ?
Les gens qui ne sont pas dans le show-business pensent qu’on se la coule douce. Ils voient le produit fini, avec les effets spéciaux, la musique, tout ça. Ils nous voient aussi arriver en limousine, marcher sur les tapis rouges avec nos smokings, ils nous voient recevoir des prix sur scène, faire la fête… Du coup, ils doivent avoir l’impression qu’on a une vie fantastique. Mais la vérité, c’est qu’on doit vraiment mériter ce genre de moment. Quand je pars travailler sur Breaking Bad, comme je partais travailler sur Malcolm, c’est vraiment beaucoup de boulot. Pendant six mois, cinq jours par semaine, on travaille environ quatorze heures par jour. Pendant un jour typique, je me lève à 5 heures du matin, je pars au travail et je ne reviens qu’à 20 heures, des fois 19h30. Je dîne, je prends une douche ou un bain, j’apprends mon texte pour le lendemain et je me couche. La vie ressemble à ça, jour après jour. C’est éreintant, mais aussi tellement enrichissant et fun.
Vous avez gagné deux Emmy Awards pour votre travail sur Breaking Bad. Espérez-vous en remporter un troisième cette année ?
Je ne travaille pas vraiment pour gagner des prix, mais je suis très content et fier d’avoir été sélectionné.
L’acteur qui interprète votre fils dans Breaking Bad souffre-t-il réellement d’un handicap ?
Oui, absolument. Il a une infirmité motrice cérébrale, mais il s’en tire très bien. À vrai dire, contrairement à son personnage, il n’a pas besoin d’utiliser des béquilles dans la vraie vie. Il utilise les caractéristiques de son handicap pour les reproduire dans son personnage. R.J. Mitte, c’est son nom, est un acteur talentueux.
Y a-t-il une réelle alchimie entre Aaron Paul, qui interprète votre partenaire Jesse dans la série, et vous ?
Tout à fait. Dès le début, on a eu des conditions de travail idéales entre nous. C’est un gars charmant, et un acteur formidable, toujours présent. Comme les acteurs savent, on n’est jamais aussi bon que quand le partenaire est bon. L’énorme avantage de travailler avec des acteurs talentueux, c’est qu’ils nous tirent vers le haut. Il ne fait aucun doute que les acteurs avec qui je travaille sur Breaking Bad sont aussi bons que ceux qui jouaient avec moi dans Malcolm. J’ai beaucoup de chance.
Que tirez-vous de l’expérience de votre rôle dans How I Met Your Mother ?
J’ai joué dans deux épisodes de How I Met Your Mother, où j’interprétais le patron de Ted. C’était très amusant à faire, j’en garde un très bon souvenir. How I Met Your Mother est une très bonne série, très drôle, et je serais heureux de revenir faire quelques épisodes. Ça m’a rappelé des souvenirs, quand j’ai joué le voisin dans quatre épisodes d’Un gars du Queens, aussi une très bonne série, avec un bon casting. En fait, j’adore être entouré de personnes talentueuses ! [rires] Tout réside dans la qualité de l’écriture en fait, que ce soit pour ces comédies ou pour Breaking Bad.

« J’aimerais beaucoup jouer avec Catherine Deneuve ! »

Bryan Cranston à Malcolm France
Quel est votre acteur français préféré ?
J’ai bien envie de répondre Catherine Deneuve, parce que quand j’étais jeune, oh là là ! [rires] Elle était très belle, et elle l’est encore maintenant ! Je me rappelle qu’étant adolescent, je pensais souvent à elle. J’aimerais beaucoup jouer avec.
Vous pouvez dire quelques mots en Français, des expressions ?
[en Français] « Merci beaucoup ! » J’ai pris des cours de Français à l’école pendant quelques temps, et mon prénom français était Benoît. Donc vous pouvez m’appeler comme ça ! Je pense que c’est vraiment la langue la plus agréable à entendre au monde. Elle est à la fois chaleureuse, lyrique, elle a un son magnifique. Même quand quelqu’un vous insulte, ça sonne bien !

« Seule une mobilisation massive des fans pourra faire sortir Malcolm en DVD un jour. »

Bryan Cranston à Malcolm France
Fox

« Malcolm in the Middle : the complete first season ».

On va vous poser la question que tout le monde se pose : savez-vous quand les DVD de Malcolm vont sortir dans le commerce ?
J’ai le sentiment qu’à moins qu’il n’y ait une réelle volonté de la part des fans, ça ne sera jamais distribué en DVD. J’ai ce sentiment parce que nous avons signé nos contrats en 1999, il y a onze ans. À l’époque, il n’y avait rien de prévu pour le merchandising des séries télé, et du coup, il n’y a pas eu de clause en ce sens dans le contrat concernant les musiques. Ce qui va se passer, c’est que si un jour ils vont sortir ces DVD, il devront renégocier le paiement des droits de chaque musique présente dans la série. Ou alors enlever chaque musique et les remplacer par d’autres pour lesquelles ils ont les droits. Mais tout ça coûte de l’argent, alors à moins que les fans montrent qu’ils veulent vraiment ces DVD, je ne vois pas comment ça va pouvoir se faire.
Aimeriez-vous quitter la télévision pour ne tourner qu’au cinéma ?
La plupart des gens pensent que les acteurs ne veulent faire que du cinéma. Et la plupart du temps, c’est vrai, il y a beaucoup de talents dans le cinéma. Mais je crois que les acteurs veulent avant tout jouer des rôles bien écrits. Et en ce moment, j’ai du mal à voir quelque chose de mieux écrit que Breaking Bad. J’adore cette série, j’adore la faire, elle est vraiment bien écrite, et je pense que c’est ce que la plupart des acteurs demandent. Mais sinon je fais plusieurs films en ce moment. Par exemple, j’ai tourné un film à Londres dernièrement, où j’ai eu l’occasion de rencontrer le propriétaire du site anglais sur Malcolm d’ailleurs, et je jouais un fan ! [en pointant les spectateurs du tchat] Je serais vous ! Sinon je fais un film appelé John Carter of Mars pour Pixar et Disney, avec un scénario formidable. Mais ça ne devrait pas sortir avant 2012. J’ai aussi fait un film qui s’appelle Red Tails, sur des pilotes de l’air de la Seconde guerre mondiale. J’ai donc pas mal de films qui arrivent, mais ça ne m’empêche pas d’être très content de faire de la télévision.
Viendrez-vous au festival du film de Deauville ou de Cannes en 2010 ?
Eh bien oui je viendrais bien, mais il faut être invité ! Si je suis invité, je verrai si je peux venir suivant mon emploi du temps. Ceci dit, pas la peine d’avoir ce genre de manifestation pour avoir envie de venir en France.
Vous êtes chez vous ? C’est votre bureau que l’on voit derrière vous ?
Oui, on est dans mon bureau, je vais vous faire faire un petit tour du propriétaire ! [il tourne sa caméra] Voilà la porte. [l’image se fige, Bryan se déconnecte, puis se reconnecte au tchat, hilare., et parle en Français.] « C’est dommage ! C’est dommage ! »
C’est très dommage même ! [rires]
[il continue la visite via la caméra] Ici, nous sommes sur le bureau de mon assistante, mais là-bas c’est mon bureau près de la fenêtre. Et là… [il pointe une bibliothèque, se lève et va chercher un Emmy Award] En voilà un, le deuxième, d’autres prix… [il montre des poupées russes à effigie de Malcolm à l’écran] Vous voyez ça ? [il montre une casquette Malcolm orange] Ceci… Quelques trucs qui ont beaucoup compté pour moi durant toutes ces années. Je vois que j’ai une casquette Seinfeld, puisque j’y ai joué durant six épisodes, en tant que dentiste.
Ça fait quoi de jouer avec Jerry Seinfeld ?
C’est quelqu’un de très fun ! Ce qu’il y a de mieux quand on travaille avec Jerry, c’est qu’en général quand on arrêtait de tourner, c’était parce qu’il riait trop fort ! Et au final ce n’est pas très grave, parce qu’en général quand on fait quelque chose qui le fait rire, c’est plutôt positif, c’est que ça fonctionne. J’ai beaucoup appris de lui, de Larry David [humoriste américain à qui on doit notamment Larry et son nombril, NDLR], de Jason Alexander pour ne citer qu’eux. Et Julia Louis-Dreyfus embrasse très bien !
Quels sont vos séries télé préférées ?
Breaking Bad, déjà ! J’aime aussi beaucoup Mad Men, qui est une série très bien conçue à mon goût. Mais mes séries préférées sont pratiquement toutes diffusées sur le câble aux États-Unis : j’aime Dexter, j’aime Damages, elles apportent toutes quelque chose de nouveau par rapport à ce qu’on a vu depuis une dizaine d’années.
Ça doit vous changer de travailler pour la câble ! Il y a plus de liberté, plus de fun ?
Absolument. Et c’est exactement pour ça que j’aime faire ça.
Certains téléspectateurs sont sceptiques sur la fin de la deuxième saison de Breaking Bad, avec le crash aérien. Que pensez-vous de ces réactions ?
Je crois que l’intention de la scène est assez claire : il existe des fois dans la vie où on n’a pas conscience de la portée de nos actes, et des conséquences que cela implique. Et je trouve que ça a très bien fonctionné, le fait qu’à l’insu de Walter, il a une responsabilité de cet accident d’avion. L’état de désespoir du père [le contrôleur aérien, NDLR] après la mort de sa fille, est directement lié au personnage de Walter. On peut le comparer à l’effet papillon : quelqu’un fait quelque chose, et ça peut avoir un impact sur une personne à l’autre bout de la planète. C’est très intéressant la façon dont cela a été abordé ici.
Quel a été votre film préféré de 2009 ? Êtes-vous en accord avec les Academy Awards, qui décernent les Oscars ?
Croyez-le ou non, mais je n’ai pas encore vu Démineurs (The Hurt Locker), j’aurai donc du mal à donner mon avis. J’ai vu Avatar, et bien que l’histoire ne soit pas révolutionnaire, j’ai aimé, je suis bien rentré dedans. C’était très intéressant au niveau de la technologie, de l’aspect 3D très bien rendu et qui ne tombait pas dans l’excès. Mais j’ai du mal à vous dire quel était mon film préféré. J’ai beaucoup aimé Une éducation, Là-haut, j’ai trouvé que c’était une super aventure, et voilà !

« Je regarde très rarement dans le rétroviseur, notamment sur ce que j’ai tourné dans le passé. »

Bryan Cranston à Malcolm France
Et votre film favori de tous les temps ?
Oulà, il y en a tellement ! Tout le monde le cite, mais je vais faire pareil : Le Parrain était brillant à mon sens. J’aime aussi les comédies de Frank Capra, les westerns, j’ai adoré La Grande Évasion, très drôle à regarder. Vous savez, c’est amusant parce que beaucoup de gens me posent cette question, et pourtant je ne vis pas tellement dans le passé. Je ne regarde pas tant que ça dans le rétroviseur. C’est donc très rare que je pense au passé même pour choisir une liste de films que j’ai aimé. J’aime vivre l’instant présent et regarder vers l’avenir. Je vis mes expériences, je laisse couler, et j’avance. Ça ne m’empêche pas de repenser aux moments positifs de ma vie passée, comme Malcolm, et c’est plutôt agréable de le faire même, mais ce n’est pas comme ça que je vis ma vie généralement.
Parlez-nous de votre tournage sur Little Miss Sunshine.
Voilà une expérience amusante. J’ai travaillé un seul jour sur ce film et mon agent n’était pas très emballé à l’idée que je le fasse, parce que c’était un tout petit rôle. Mais j’ai lu le scénario et j’ai adoré, c’était tellement bien écrit que j’ai pensé qu’il fallait que je sois impliqué dans cette aventure. Pour un acteur, tout ce qu’on peut contrôler, c’est de dire oui ou non aux propositions. Oui, je veux auditionner pour ce rôle ou non je ne le veux pas parce que je pense que c’est mal écrit. Pour beaucoup d’acteurs, si un film est bien écrit, il y a des chances pour qu’au final ce soit un bon film. Si ce n’est pas le cas, il n’y a aucune chance pour ce soit un bon film, aussi bon que soient les acteurs qui jouent dedans. C’est pour cela que je choisis tous les rôles en fonction de l’écriture des scénarios : c’est ce que j’ai fait pour Malcolm, pour Breaking Bad, pour Little Miss Sunshine, John Carter of Mars, et mes prochains films.
Une question de Julie. N’en avez-vous pas marre de vous raser constamment la tête pour Breaking Bad ?
Non, ça repousse, regardez ! Mais c’est logique que mon personnage soit chauve. Il a perdu ses cheveux suite au traitement de son cancer, avec la chimiothérapie, les radiations… Il y a une scène de la saison 1 dans laquelle le docteur lui dit « Vos cheveux vont repousser, vous allez reprendre les kilos perdus. » Je trouve que c’est une scène très importante car, quand il prend son rasoir pour se faire la boule à zéro, c’est sa façon d’accepter la personne qu’il devenait. Et le fait qu’il ne reconnaisse pas totalement la personne qu’il voit dans le miroir, pour lui ça justifie d’une certaine manière ses actions et ses crimes.

« Mon avis sur The Middle ? Ça démontre à quel point Malcolm était une bonne série puisqu’ils essaient de la copier ! »

Bryan Cranston à Malcolm France
Question de Jonah. Avez-vous vu la série The Middle ? Pensez-vous que ça ressemble beaucoup à Malcolm ?
Oui je l’ai vue. Je n’ai pas grand chose de bon à dire dessus [rires] car je ne la trouve pas super. Mais par contre, ça démontre à quel point Malcolm était une bonne série puisqu’ils essayent de la copier. Mais c’est souvent tiré par les cheveux. Peut-être que si elle continue, d’ici un an ou deux elle trouvera sa propre identité plutôt que de s’inspirer de Malcolm. Je leur souhaite car les acteurs sont néanmoins talentueux.
Et vous avez vu la série qui passe juste après sur ABC, Modern Family ? Elle est pas mal par contre.
Oui, celle-ci est hilarante. Rien à voir. Parce qu’ils n’essayent pas de copier qui que ce soit, et c’est une série géniale, très bien faite. Il y a un gouffre entre Modern Family et The Middle.
Duquel de vos personnages vous sentez-vous le plus proche ?
Pas Walt de Breaking Bad. Hal était un gars bien mais assez peureux. C’est une excellente question. Peut-être que certains d’entre vous connaissent d’autres personnages que j’ai joués et pourraient m’aider [rires]. Aucun de ces deux-là mais… il faudrait que j’y réfléchisse.
Combien de temps dure le tournage d’un épisode ? Pour Malcolm, et pour Breaking Bad car il doit y avoir des différences.
Pour Malcolm ça prenait six jours. De tournage, j’entends. Car auparavant cela prend des mois de préparation, l’écriture, les meetings de production, l’établissement du planning de tournage, la mise en place des effets spéciaux, des cascades, des trucs qui explosent, des choses du genre, quoi ! Et ensuite il faut encore compter un ou deux mois de post-production après le tournage : le montage de la bande son, les petites corrections à ajouter, beaucoup de choses se passent ensuite. Mais le tournage en lui-même prenait six jours pour Malcolm. Pour Breaking Bad, nous tournons huit jours pour chaque épisode. C’est un travail difficile mais on y prend aussi beaucoup de plaisir.
DR

« Sons of Tucson » (2010).

Une question de TJ. Avez-vous vu la série Sons of Tucson produite par Justin Berfield, et qu’en pensez-vous ?

Je ne l’ai pas encore vue. Je l’ai enregistrée, je me pencherai dessus bientôt. Je sais que Justin s’est entouré d’un grand nombre de membres de l’équipe technique de Malcolm, aussi bien pour la coiffure et le maquillage que pour la réalisation, la production, le montage et c’est super car il se sent bien avec ces personnes, nous sommes comme une grande famille. J’ai hâte de voir cette série. Une autre série qui me plait est Community, Joel McHale est un ami, je le trouve excellent dans ce show. J’aime beaucoup également The Office et 30 Rock, deux séries très drôles.
Je vois une question par rapport à mon rôle dans X-Files, si ce rôle constitue en fin de compte les prémices de Breaking Bad… Eh bien oui, car le scénariste et producteur de cet épisode [« Drive », 6.02 NDLR] est aussi le créateur de Breaking Bad ! Il s’est souvenu de moi et c’est comme ça qu’on s’est rencontrés à nouveau quand la série était en préparation, et à partir de là c’était lancé. Il s’appelle Vince Gilligan et c’est quelqu’un de doué, un scénariste très talentueux.

« C’est dommage qu’un grand pays comme les États-Unis soit si replié sur lui-même et hermétique aux autres cultures. »

Bryan Cranston à Malcolm France
Une question sur un sujet brûlant ici. Des fans français réalisent des sous-titres pour les séries juste après leur diffusion aux USA sans attendre leur diffusion en France (environ un an plus tard), bien que ce soit illégal de les télécharger. Qu’en pensez-vous ? Considérez-vous ça comme une menace pour les séries américaines, ou au contraire cela aide-t-il à les faire connaître ?
Je ne pense pas que ça cause du tort à une série américaine d’être sous-titrée. Les films américains sont depuis très longtemps sous-titrés lors de leur sortie en France. Et inversement, quand un film français sort ici, il est également sous-titré mais entre dans la catégorie « films étrangers » et donc seuls les connaisseurs iront le voir. C’est dommage qu’un grand pays comme le nôtre soit si replié sur lui-même et hermétique aux autres cultures. Beaucoup de nos films et séries sont diffusés en Europe et je ne pense pas que le sous-titrage leur nuise. En revanche, l’inverse pose problème : peu de gens ici regardent des films français par exemple, sans parler de séries françaises, ça doit être très difficile d’en trouver ne serait-ce qu’une sur nos grilles de programmes !
C’est parce que ça n’existe pas !
Ah non ?
Elles ne sont pas terribles !
[rires]
Quels sont vos passe-temps ?
J’aime bien la moto. Mais à part ça, vu la passion que j’ai pour ce métier, on ne peut pas dire que j’ai des passe-temps à proprement parler. Je passe tellement de temps à jouer, écrire, réaliser que quand j’ai du temps libre, j’ai envie et besoin de passer du temps en famille. Je serais tenté de dire que mon autre passion ce sont les voyages. J’adore découvrir de nouvelles cultures, d’autres langages. Actuellement on essaie de mettre en place un voyage en Afrique.
Pour Breaking Bad, vous êtes-vous renseigné sur le cancer, sur ce que vivent les malades ?
Franchement, non. Mon personnage découvre ce qu’est le quotidien d’un malade, et je voulais le découvrir en même temps que lui. Je n’ai pas non plus fait de recherche sur la méthamphétamine, la drogue que je « fabrique » dans Breaking Bad pour les mêmes raisons. Par contre je me suis documenté sur la chimie, de façon à être crédible dans mon rôle de professeur. Je suis allé dans une université californienne et j’ai passé beaucoup de temps avec un professeur de chimie très expérimenté, ce qui m’a permis de réapprendre le concept-même de la chimie, la philosophie de cette science. Et ça m’a fasciné, maintenant je regrette de ne pas m’y être intéressé plus que ça au lycée ! J’aime beaucoup jouer des scènes dans lesquelles j’enseigne la chimie en classe, j’apprends beaucoup de choses.
Pouvez-vous nous parler de votre engagement auprès d’oeuvres caritatives ?
Je travaille principalement avec l’ICMEC (centre international pour les enfants disparus ou maltraités), créé par Adams Walsh et son épouse, après la mort tragique de leur fils Adam. C’est une organisation formidable, qui n’est pas seulement la référence en matière d’aide aux parents de victimes, mais est aussi devenu un acteur majeur dans la sécurisation de ce terrain de chasse que constitue Internet pour les criminels. Je suis fier de pouvoir aider à ma façon cette organisation à informer les familles sur les moyens de rester en sécurité et les conduites à risque vis-à-vis de ces prédateurs.

« Je crois sincèrement qu’on devrait avoir un système de sécurité sociale. Je n’aime pas l’idée qu’on fasse du profit sur le dos des gens malades. »

Bryan Cranston à Malcolm France
Vous incarnez un professeur dans Breaking Bad, c’est une profession que vous auriez aimé exercer ?
Je pense que les professeurs ont une grande influence, et beaucoup d’importance dans notre société. Juste après les parents, ce sont les professeurs qui façonnent les enfants dans leur cheminement vers l’âge adulte. Aux États-Unis, on dit souvent qu’ils sont importants, mais on leur donne rarement cette importance concrètement. Par exemple, des fans européens m’ont déjà posé une question par rapport à l’épisode pilote. Ils étaient surpris que mon personnage ait un second boulot : il travaille comme professeur à temps plein, mais il travaille quand même à coté. Et les fans européens ne comprenaient pas pourquoi il devait faire ça. J’ai dû leur expliquer que ce n’est pas si surprenant : les professeurs ne sont pas toujours bien rémunérés dans certains États, et parfois ils n’ont pas d’autre choix que de trouver un second boulot en complément. Dans le cas de mon personnage, c’est surtout par rapport à son fils qui souffre d’une maladie grave et suit une thérapie couteuse, ce qui soulève aussi le problème de la couverture maladie aux États-Unis, sur laquelle on commence seulement à se pencher actuellement. Je crois sincèrement qu’on devrait avoir un système de sécurité sociale. Je n’aime pas l’idée qu’on fasse du profit sur le dos des gens malades.
AMC

Bryan Cranston dans « Breaking Bad ».

Vous allez vous faire des ennemis en disant ça…
[sourire] Aucun problème.
Que pensez-vous de la 3D ? C’est la nouvelle tendance en matière de cinéma, on dirait mais est-ce que ça ajoute vraiment quelque chose aux films ?
Je pense que ce serait mieux si le choix de la 3D se faisait une fois le film écrit, plutôt que de se dire « Tiens, faisons un film en 3D » puis de balancer toutes sortes de choses pas forcément utiles à l’écran. Tiens, je vois des questions concernant les films d’horreur, est-ce que j’aimerais jouer dans un… Je l’ai déjà fait, et je serais d’accord pour en refaire un, mais encore une fois ça dépend du contenu du script. Et le film le plus effrayant que j’aie vu est L’exorciste, si vous le n’avez pas vu, foncez. Il m’a terrorisé, il me terrorise toujours en fait !
C’est même trop effrayant. [rires] Une question de Julie : y’a-t-il une réplique de Hal qui vous a marqué et que vous affectionnez particulièrement ?
C’est difficile. Je me souviens plutôt d’épisodes en particulier, mais je n’ai pas de réplique précise qui me vienne. Mais j’ai vraiment adoré tourner cette série, et je crois que si la demande est forte, il doit y avoir possibilité qu’on se réunisse pour une émission spéciale.
Tiens, je vois une question ici : qui est le président français ? Sarkozy… Vous me testez pas vrai, pour voir si je m’informe ? Eh bien je vous ai eu : Sarkozy !
Vous l’aimez bien ?
Il a l’air d’un gars intéressant. Du point de vue d’un Américain, il a l’air plutôt ouvert et actif dans la mise en place de bonnes relations entre nos deux pays. Je le considère comme un mec bien, je crois que Sarkozy est plutôt bien perçu par les Américains.
Mais ce n’est pas Obama !
Bien sûr ! Obama a ses propres soucis à régler, mais j’étais un de ses supporters et je le suis toujours. Je souhaite forcément qu’il s’en sorte bien puisque son but est d’aider le pays. Je crois qu’il s’y prend de la bonne façon pour cela, même s’il y a un risque important, on traverse une période très difficile sur le plan économique (c’est le cas partout dans le monde d’ailleurs, la Grèce est très mal en point) mais on s’accroche, j’espère qu’on reviendra à une meilleure situation.
Quelle est la scène la plus émouvante que vous ayez joué ?
Je dirais, la scène où la petite amie de Jesse héroïnomane qui fait du chantage à mon personnage s’étouffe, et que Walt la regarde en ne faisant rien pour la sauver. Ce fut une scène très particulière à jouer, c’était même assez perturbant;
J’ai entendu dire qu’AMC voulait même modifier cette scène, c’est vrai ?
Oui, à l’origine Vince Gilligan voulait que mon personnage soit assis sur le lit et regarde ces deux jeunes faire une overdose d’héroïne, caresse l’épaule de la jeune fille, comme le ferait un père, mais la place ensuite sur le dos, de façon à ce qu’elle s’étouffe plus facilement. Je me suis dit « Oh mon Dieu », j’étais choqué ! [rires] Et AMC a bondi aussi, alors Vince a réécrit la scène, telle qu’on la voit à l’écran, et en fin de compte c’est encore mieux. Elle tombe accidentellement sur le dos mais Walt ne fait rien pour corriger sa position.
Où vivez-vous aux États-Unis ?
Je vis à Los Angeles depuis six mois. C’est la ville où je suis né, où j’ai été élevé. Et pendant les six autres mois de l’année, durant le tournage de Breaking Bad, je vis six mois à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Mais je rentre en avion tous les week-ends pour être en famille. C’est un peu fatigant, mais ça vaut le coup, j’ai besoin de les voir. Ça demande quelques sacrifices, mais ça fonctionne.
Y a-t-il un acteur avec qui vous rêvez de travailler ?
J’ai une anecdote amusante, j’étais avec ma fille aux Screen Actors Guild Awards il n’y a pas très longtemps, et Justin Timberlake est venu me voir me dire tout le bien qu’il pensait de Breaking Bad. Ma fille m’a tiré sur la manche pour que je la présente, c’était très drôle ! J’ai dit à Justin qu’il devrait venir sur la série en tant qu’acteur et il m’a répondu : « Oh, mais je vais le faire ! » J’ai immédiatement envoyé un SMS au producteur en lui écrivant : « Justin Timberlake adore Breaking Bad, il devrait venir jouer un rôle ! » Je ne sais pas si ça va être possible de l’incorporer dans l’histoire, mais je trouve que ce serait une très bonne idée de l’avoir dans la série, c’est un acteur remarquable, je ne l’avais pas réalisé jusque-là. Ce type peut tout faire, il est incroyable !
Vous écoutez quel type de musique ?
Tout récemment, j’ai donné une interview pour BlackBook Magazine, où j’ai indiqué les quinze musiques qui ont eu une influence dans ma vie. Et je dois dire que s’il n’y avait pas ma fille Taylor, je n’écouterais pas de musique actuelle. Je suis tellement occupé à jouer, réaliser, écrire, alors… Ça peut paraître dingue, mais quand on parle de musique, je suis à l’ouest ! C’est pareil pour la mode, comme vous pouvez le voir, d’ailleurs ! Je ne suis pas très bon en ce qui concerne le style, l’allure, la musique. Généralement, je me repose sur ma femme et ma fille pour choisir les vêtements que je vais porter, pareil pour les tournages où ce sont les stylistes qui s’occupent de tout ça. J’ai des fringues qui ont 25 ans ! J’ai des chaussures tellement vieilles que ma femme me supplie de les jeter ! Mais je ne m’y résout pas, je suis juste mauvais dans tout ça.
Connaissez-vous bien Michael C. Hall ? Il est avec vous l’un des meilleurs acteurs à la télé, et vous avez été nommés dans la même catégorie plusieurs fois…
Je l’ai rencontré lors des tables rondes organisées lors des nominations lors des récompenses, et c’est un type formidable. J’adore Dexter, et son travail dans la série est très soigné. Je dois dire que c’est la plus grande surprise. Quand on remporte un trophée et qu’on regarde nos « concurrents », il y avait Michael C. Hall, Hugh Laurie de Dr House, Jon Hamm de Mad Men… Je n’en revenais pas d’être à côté de tous ces gens, ça me filait le tournis ! Je ne sais pas qui décide du vainqueur parce que c’est juste ahurissant. J’ai beaucoup de chance d’avoir gagné. Peut-être que l’an prochain ce sera au tour de quelqu’un d’autre, et ce sera très bien. J’aime aller aux cérémonies, rencontrer tous ces gens, discuter de nos séries, c’est ça le plus amusant en fait !
Il paraît que vous avez été prêtre ! C’est vrai ?
Ah, ça ! [rires] J’ai été pasteur, pas prêtre ! Quand j’avais 18 ans, j’avais besoin d’un job, et je suis allé sur une île au large de la Californie. Il y avait un gars, le révérend Bob, un type très sympa qui ressemblait à un hippie. Il avait l’habitude de marier des couples. Un jour il est venu me voir et m’a dit : « J’ai accidentellement prévu deux cérémonies en même temps mais à des endroits différents. Je ne peux pas tout faire. Est-ce que tu veux prendre en charge une cérémonie, être pasteur et marier ces deux personnes ? » Moi, je pensais qu’il déconnait, et j’ai dit : « Ouais, bien sûr, c’est parti ! » Alors il a tapé mon nom sur une machine à écrire et un papier officiel du Gouvernement de Californie et m’a sorti : « Voilà, tu as officiellement le pouvoir de le faire. » Je n’arrivais pas à le croire, je disais : « Non, je ne devrais pas le faire, je ne peux pas le faire ! » C’était en 1974, si je me souviens bien. Il m’a répondu : « Tu vas te faire environ 150 dollars pour deux heures de travail. » En 1974, il fallait plus d’une semaine pour gagner ça. Alors j’ai signé tout de suite ! Mon premier travail d’acteur au final ça été ça. Le premier mariage que j’ai célébré était dans un avion à Hollywood, au-dessus des célèbres lettres. Je n’arrivais pas y croire. Après ça j’ai marié une douzaine de couples, j’ai encore du mal à croire moi-même. Mais c’était il y a longtemps, j’ai rendu ma soutane depuis !
Aujourd’hui, se faire marier par Bryan Cranston serait un vrai luxe !
[rires] Merci ! Un des participants sur le tchat évoque Bill Paxton, de Big Love, quelqu’un de vraiment très gentil effectivement ! Laurence Fishburne était aussi autour de la table ronde, ainsi que Denis Leary, dont j’adore sa série Rescue Me.
Pour en revenir à Malcolm, pensez-vous qu’avoir un enfant avec un quotient intellectuel au dessus de la moyenne est un cadeau ou un fardeau ?
C’est une question très perspicace. Je pense que d’une certaine façon, c’est un fardeau parce que plus rien ne sera jamais comme avant. Je pense qu’il faut juste laisser faire les choses. La seule chose que les parents doivent ou devraient espérer, c’est que leur enfant naisse en bonne santé. Le reste est minoritaire.
Que penseriez-vous si votre fille voudrait devenir une actrice ?
J’ai un scoop pour vous : ma fille a choisi de devenir actrice. Elle a 17 ans et est encore au lycée, mais il y a eu un rôle d’une lycéenne de 16 ans dans le premier épisode de la saison 3 de Breaking Bad, qui était crédité en tant que « Fille au regard triste » et je me suis dit que Taylor pourrait le faire à la perfection. Je lui ai demandé si elle voulait le faire, et elle a accepté. Je l’ai emmenée à l’audition et les gens du casting l’ont adorée. Elle est donc dans cet épisode, que j’ai moi-même réalisé. Elle est dans la grande assemblée du lycée dans le gymnase, et c’est cette fille blonde qui se tient debout et qui parle du crash aérien, et du fait qu’elle n’en dorme plus. Elle a été parfaite dans ce rôle de personne en détresse. Elle veut aller à l’université maintenant et obtenir un diplôme d’arts dramatiques. C’est la meilleure fille qu’on puisse rêver : intelligente, drôle, belle… On a beaucoup de chance.

« Quand j’allais à l’Église, je trouvais ça d’un ennui à mourir ! »

Bryan Cranston à Malcolm France
Une question un peu délicate : quels sont vos rapports avec la religion ?
Je suis catholique. Enfant, quand j’allais à l’Église, je trouvais ça horrible ! C’était d’un ennui à mourir. Imaginez : vous devez vous mettre un costume avec une petite cravate, vous vous asseyez dans un banc en bois des plus inconfortables. La toute première fois, le sermon était en Latin. Je ne comprenais donc rien du tout. Le prêtre nous tournait le dos, et donc on ne voyait jamais son visage. Bref, c’était terrible. Mais ma fille est dans un lycée catholique, et elle s’en sort très bien. Mais je dois avouer que si je devais rejoindre une Église maintenant, il faudrait qu’elle accepte tout le monde. Je ne crois pas que Dieu ait ses favoris, je crois qu’il compose avec toutes les spiritualités. Je veux faire partie d’une Église qui accepte toutes les croyances, toutes les races, toutes les orientations sexuelles, en résumé, qu’elle accueille toute l’humanité, d’où qu’elle vienne.
Aimez-vous les séries d’animation ? Jusqu’à en faire des voix par exemple ?
J’ai fait plusieurs voix pour plusieurs séries animées, pour American Dad! et Les Griffin. Les Griffin est une de mes favorites, c’est osé et drôle. C’est très dur de regarder Les Simpson sans hurler de rire, c’est une série tellement géniale. En ce moment, je fais quelques voix sur Glenn Martin, DDS [une série animée américaine en stop motion, NDLR], et j’aime beaucoup. J’aimerais être une voix régulière sur ce type de série, ce serait un beau challenge. Et puis c’est pratique de ne plus se soucier du maquillage ! On n’a qu’à se lever et aller travailler !
Y a-t-il une scène dans Breaking Bad qui vous parait superflue ?
Probablement. Ça doit exister, même dans Malcolm. Mais ce qu’il y a d’intéressant dans les séries télés, c’est qu’elles vivent comme un être humain : elles doivent être nourries, on doit s’occuper d’elles. Et comme un être humain, on peut faire des erreurs : quelquefois on va trop loin et on doit revenir en arrière. Finalement, c’est ce qu’il y a de plus intéressant, l’imperfection. Et l’on doit accepter le meilleur comme le moins bon. Si je regarde les 151 épisodes de Malcolm, je suis sur d’en trouver un ou deux qui n’étaient pas si bien, comparé au standard auquel la série est habituée à se hisser. Mais il faut juste faire avec. Si en 151 épisodes, il y en a deux qui ne sont pas terribles, c’est plutôt une bonne moyenne ! Linwood Boomer et les scénaristes ont fait un boulot exceptionnel sur l’écriture et la réalisation de cette série, et faire en sorte que chaque épisode ait son moment culte. Vous le savez mieux que personne, mais je pense qu’il est très difficile de trouver des épisodes de Malcolm qui ne fonctionnaient pas bien. Enfin, on doit bien en trouver !
On ne voudrait pas vous retenir trop longtemps, vous êtes restés plus de deux heures avec nous et on vous en remercie beaucoup !
Merci beaucoup et encore désolé de mon retard, je suis content qu’on soit arrivé à réaliser cet entretien ! Je vais répondre encore à une ou deux questions pour terminer.
On me demande si mes sous-vêtements ont aussi 25 ans ! Eh bien non, quand même pas ! Mais j’ai quand même une paire de chaussettes qui ont 25 ou 26 ans et si je sais ça c’est grâce à l’étiquette à l’intérieur qui a le nom d’un personnage que j’interprétais dans un soap opera et qui date de 1983. En tant que gars, c’est uniquement quand on trouve un trou qu’on se décide à jeter nos sous-vêtements ou nos chaussettes. [rires]

« J’ai beaucoup de chance de pouvoir gagner très bien ma vie en faisant quelque chose que j’adore. »

Bryan Cranston à Malcolm France
Eh bien les participants ne posent plus vraiment de questions, ils disent juste à quel point vous êtes gentil !
Pensez juste à la chance que j’ai. Moi j’y pense tous les jours : depuis mes 23 ans, ce qui m’a permis de vivre, c’est d’être acteur. Il faut avoir beaucoup de chance pour pouvoir gagner très bien sa vie en faisant quelque chose que l’on adore. Mais ce sont les fans qui font votre carrière : s’ils n’aiment pas les séries, s’ils ne les regardent pas, alors elles sont déprogrammées. Tout acteur a donc besoin d’avoir une base de fans et c’est pour ça que je vous remercie. Alors passer plus de deux heures avec vous est une façon de vous dire merci pour me soutenir et soutenir ma carrière. Merci de m’avoir accueilli ici, je serais heureux de renouveler l’expérience avec vous. J’ai passé un excellent moment avec vous, je vais répondre encore à quelques questions et je vais y aller parce que sinon ma femme va devenir folle !
Vous connaissez Ellen DeGeneres, c’est une grande star aux États-Unis. Êtes-vous déjà allé dans son émission ?
Je n’ai pas encore eu l’occasion d’y aller, mais apparemment on en parle pour le faire prochainement. Ce serait bien, parce qu’elle est très drôle, elle a beaucoup de talent et personnellement je l’apprécie beaucoup. Je n’ai même pas eu l’occasion de la rencontrer.
Beaucoup d’internautes nous demandent si vous avez une page Facebook, un Twitter, ou un MySpace ? Je crois que c’est le cas…
Je suis un vieux croûton maintenant, alors tout ça est un peu neuf pour moi. Je ne sais plus trop ce que j’ai, mais mon assistante s’occupe de tout ça très bien. Je ferai un récapitulatif des réseaux sociaux sur lesquels je suis sur mon site internet, www.bryancranston.com.
Merci encore, j’ai passé un très agréable moment, merci aux fans qui aiment Malcolm autant que moi. Quand je passe sur le studio où l’on a tourné Malcolm pendant sept ans, j’ai toujours le sourire aux lèvres en rependant au bonheur que ça a été de tourner cette série. Et savoir que ça apporté du plaisir à des millions de personnes du monde entier, c’est juste le meilleur sentiment que l’on peut connaître. Merci d’être fans de cette série, et si vous le pouvez, essayez d’être fans de Breaking Bad, et de regarder cette nouvelle aventure. On refera ça dans un futur proche ! [en Français] « Au revoir, à bientôt, merci beaucoup ! »
Merci à vous !
Propos recueillis le samedi 13 mars 2010 à 18 heures (heure française).

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