Articles

Retour de Malcolm : 19 ans après, on a imaginé ce qu'ils sont devenus !

Depuis la fin de la série, il a dû s'en passer des choses pour Malcolm et sa famille déjantée. 19 ans plus tard, que sont-ils devenus ? On fait le point sur les hypothèses.

Malcolm (Frankie Muniz), un futur Elon Musk ? (photomontage) © DR
Malcolm (Frankie Muniz), un futur Elon Musk ? (photomontage)

Cela a été une des dernières grosses annonces média de l’année de 2024 : Disney, désormais propriétaire du catalogue de la Fox, confirme le retour de Malcolm pour une nouvelle mini-saison inédite de 4 épisodes.

Pour accompagner cette nouvelle ayant fait l’objet de persistantes rumeurs durant des années, mélange d’espoir ou de craintes selon les points de vue, on a pu voir une courte vidéo teasing où Bryan Cranston (Hal), Jane Kaczmarek (Lois) et Frankie Muniz (Malcolm) se mettaient en scène. L’apparition du trio venait conforter ce que laisse augurer le "pitch" : une intrigue particulièrement resserrée autour du trio central Malcolm-Hal-Lois, alors que la tête d’ampoule se rend avec… sa fille (!)… aux 40 ans de mariage (noces d’émeraude) de ses parents. Premier scoop, donc : Malcolm est papa. Deuxième scoop qui n’en est pas du tout un : Hal et Lois sont toujours mariés et amoureux.

Mais en dehors de ces quelques éléments d’intrigue, le mystère reste entier, en particulier sur le sort et le devenir des autres personnages, à commencer par les membres de la fratrie. Un flou propice aux spéculations et à tous les possibles, qu’il va être de la lourde responsabilité des scénaristes et des producteurs de dissiper avec les bons choix. La présence de Linwood Boomer, créateur historique de la série, d’un des principaux réalisateurs récurrents, et aussi, de Bryan Cranston en tant que producteur exécutif, a de quoi rassurer. Mais reste une dimension chère à Marcel Proust à laquelle personne n’échappe et dont les effets se feront forcément sentir, pour le meilleur ou pour le pire : le Temps.

En attendant d’en savoir plus, ou de découvrir les épisodes eux-mêmes à une date pas encore fixée, c’est l’occasion de réviser un peu, de faire le point sur où on a laissé les personnages à la fin de la série (151ème épisode, saison 7), de sortir nos calculettes pour faire un petit bilan sur l’âge des uns et des autres en l’an de grâce de 2025, mais aussi de replonger dans les archives pour tenter d’y trouver ici et là quelques indices sur l’évolution possible des personnages, et enfin, de nous prêter au jeu de quelques spéculations et autres hypothèses sur ce qui pourrait passer par la tête des scénaristes pour prolonger les aventures de la famille.

Là où on les a laissés (en 2006)

Rembobinage. Dans l’épisode précédent : saison 7, épisode 151. Le 14 mai 2006, la série se clôturait sur la chaine Fox, et quelques mois plus tard sur M6. Le public devait alors dire au revoir à une des séries les plus hilarantes, originales, feel-good, attachantes et déjà culte. Depuis, la série n’a jamais vraiment quitté les esprits, particulièrement en France, grâce à des rediffusions continues sur les chaines du groupe M6, à son édition providentielle au format DVD, puis à son intégration au catalogue de la plateforme Disney+. Les acteurs ont tourné la page, certains en poursuivant des carrières plus ou moins couronnées de succès, d’autres en changeant radicalement de vie.

Dans le tout dernier épisode, titré "Malcolm Président" en VF, on découvrait l’épilogue de sept années d’aventures.

Alors que la série avait commencé avec le diagnostic et l’entrée de Malcolm, 11 ans, dans la classe spécialisée des "têtes d’ampoule", dans l’équivalent de la 6ème en "Middle School" (Malcolm est "in the middle", aussi bien par sa place de cadet dans la fratrie, par sa classe sociale d’origine, "middle class", classe moyenne, et par son statut scolaire au début de la série : middle school, collège), la série se terminait avec le discours prononcé par Malcolm, 18 ans, en tant que major de sa promotion lors de la remise des diplômes à l’issue de la senior year (terminale) au lycée. Il se préparait alors à rejoindre la prestigieuse université d’Harvard, université de ses rêves moins par sa réputation que par ce détail géographique dont il s’émerveille : elle se trouve à 3000 kilomètres de sa mère. C’est d’ailleurs dans les couloirs de la fac que se faisait sa toute dernière apparition, dans l’ultime scène de la série.


L’avenir était un peu moins brillant pour Reese, l’éternel cancre, qui, après avoir exercé ses talents sanguinaires dans un abattoir, se lançait avec enthousiasme, et non sans commettre un dernier méfait, dans une carrière de concierge du lycée qu’il résumait ainsi : "que la serpillère, pas les formulaires." Mais ce qui ne laissait pas d’étonner, c’était de découvrir la collocation improbable que Reese allait former avec… Craig ! Geek et vieux garçon de la cinquantaine, ami de la famille, soupirant inconditionnel de Lois et son collègue paresseux au supermarché Lucky Aide.    

 
Dewey, qui n’était déjà plus le petit garçon "poupipou" des premières saisons, était aperçu une dernière fois en train de se cacher dans un placard avec son petit frère, Jamie, qui prononçait son tout premier mot à cette occasion, laissant imaginer que la relève était assurée pour les bêtises à la maison. 


Un des ressorts comiques de ce final, c’était l’attitude de Francis, toujours marié à Piama, mais faisant croire à sa mère qu’il était encore chômeur et pas décidé à se trouver un boulot, devant l’horreur que lui inspirait l’idée de la rendre fière et le plaisir inlassable de contrarier ses attentes. En fin d’épisode, Hal découvrait qu’en fait, son fils ainé avait bel et bien un emploi, et qu’il était même sur ses traces, on ne peut plus rangé, se délectant de sa petite routine d’employé de bureau en open-space. Une existence conformiste à l’opposé de ses aventures sur les routes, de l’école militaire à l’Alaska, de l’Alaska à un ranch du Texas.   


Ce final était l’occasion pour la turbulente fratrie de révéler la preuve matérielle de leur plus énorme bêtise, surnommée "arme de destruction massive", et de procéder à son élimination définitive. Mais Dewey, pris de nostalgie, conservait secrètement l’affreuse relique…
De leur côté, Hal et Lois faisaient les fonds de tiroir pour trouver les énormes sommes nécessaires pour financer les frais universitaires non couverts par la bourse d’étude de Malcolm. Pour cela, Hal allait jusqu’à s’adresser à la mafia locale, dont le parrain était interprété par Linwood Boomer lui-même, le créateur de la série.


Il était question d’argent, justement, quand une connaissance d’Abe, un richissime magnat de la tech, faisait une offre incroyable de contrat à plusieurs millions de dollars à Malcolm et Stevie pour acheter l’exclusivité de leurs inventions et qu’ils rejoignent tous les deux sa compagnie. Une voie alternative, sans passer par la fastidieuse case "études", s’ouvrait alors pour le petit génie, avec une carrière très lucrative dans le royaume alors en pleine émergence de la Silicon Valley. Mais c’était sans compter sur l’intervention de Lois, qui faisait immédiatement jouer son droit de véto maternel et déclinait l’offre sans tenir compte de l’avis de son fils. Cette scène était le tournant de l’épisode final, et s’ensuivait un coup de gueule explosif de Malcolm, donnant lieu à son ultime passe d’armes contre sa mère.
Lois, toujours présentée comme un être omniscient et omnipotent, révélait alors le plan détaillé et déjà tout tracé qu’elle avait élaboré pour son fils : Malcolm ne devait surtout pas devenir riche ni sombrer dans une vie facile et bling-bling, de luxe et de privilèges. Il devait en baver, galérer, enchainer les petits boulots, cumuler les bourses, multiplier les compromis et les petites humiliations, travailler dur et s’endurcir, décrocher ses diplômes, entrer dans la fonction publique, devenir procureur ou directeur d’ONG, puis Gouverneur, puis… Président des États-Unis d’Amérique. D’où le titre de l’épisode en VF. Le Président des "petites gens", qui vient du peuple, de la "middle class", qui a connu la galère et qui pourra représenter voire "venger" ceux de sa condition. Le dénouement de la série prenait alors une tournure sociologique plus que jamais assumée, mais aussi plus explicitement sociale et "démocrate".

Dans son discours de major de promotion, Malcolm faisait une référence appuyée à ce qui avait été ses tous premiers mots de la série : "vous savez ce qu’il y a de bien avec l’enfance ? C’est qu’un jour, ça se termine". Au moment où se termine (enfin) la sienne, Malcolm portait un regard plus indulgent et attendri sur elle, rendant hommage à sa famille, et rappelant cette terrible vérité semblant surgie d’un ouvrage de sociologie ou d’une auto-fiction de transfuge de classe à la Ernaux : qu’on ne quitte jamais sa famille, qu’elle nous accompagne partout, tout le temps, malgré nous. Jamais vraiment libres, mais jamais vraiment seuls, on reste toujours le fils ou la fille de ses parents et de son milieu.


Ainsi, on assistait aux débuts de la prophétie réalisée de Lois, en voyant Malcolm, trois mois plus tard, agent d’entretien à Harvard, en train de passer le balai juste avant de se rendre à un cours d’algèbre. Tandis que Lois découvrait avec effroi qu’elle était enceinte d’un sixième enfant…

Éléments de storyline et indices dans la série

Maintenant que nous avons fait le point sur la situation des personnages tels que nous les avons quittés en 2006, nous allons pouvoir enfin nous prêter au jeu des devinettes et des spéculations sur leur devenir dans le revival. La phase vraiment ludique et créative de cet article commence ici. À nous tous, ensemble, le temps de ces quelques lignes, de nous inviter dans la "writers room", la salle des scénaristes, et de lancer des propositions pour l’écriture des quatre épisodes spéciaux. Petite séance de brainstorming. Vous pouvez jouer aussi, dans l’espace commentaire de cette publication.  


Si on veut rester dans les limites du crédible et du vraisemblable (si de telles notions ont le moindre sens dans une série aussi disjonctée que "Malcolm" !), il pourra nous être d’une aide précieuse de garder un œil attentif sur les "archives" et les nombreux indices qui nous avaient été laissés quant à l’avenir des personnages, au cours des quelques 151 épisodes.


Toute série a sa Bible. Ce document encyclopédique qui répertorie et indexe tous les éléments de storyline et de backstory accumulés au cours de sa production. Chaque personnage y a sa biographie complète et détaillée, chaque épisode y est résumé, chaque élément du passé, du présent et du possible futur des personnages y est soigneusement décrit. Il s’agit à la fois d’un immense mémo, gage de continuité narrative pour les scénaristes (garder une trace de toutes les idées semées au gré des épisodes), mais aussi et surtout : d’un mode d’emploi très exhaustif à destination de toute personne qui serait invitée à travailler sur la série, qui doit en maîtriser les codes, l’univers, le caractère des personnages, et les éléments de backstory afin de ne pas créer de contradictions ou d’incohérences dans les intrigues.


Nul doute, donc, que la moindre information, la moindre allusion, la moindre idée évoquée au détour d’un dialogue et faisant explicitement référence au possible avenir de tel ou tel personnage va être passée au peigne fin et prise en compte par les scénaristes, s’ils font bien leurs devoirs, pour renforcer la cohérence et la continuité entre les 7 saisons et la nouvelle qui s’annonce.
Toutefois, Malcolm étant une sitcom humoristique et plutôt fantaisiste, sans trame linéaire trop prégnante, elle laisse beaucoup plus de latitude à ses auteurs, libres d’explorer ou d’ignorer les multiples pistes ouvertes, souvent gratuitement et à des fins comiques, au gré des dialogues et des situations.
Tout le monde est prêt ? Alors, c’est parti ! La rédaction de Malcolm France prend le contrôle de la salle des scénaristes, et vous fait part de ses hypothèses pour le revival, personnage par personnage.

Malcolm : le nouvel Elon Musk ?

Twentieth Century Fox Film Corporation

Frankie Muniz (Malcolm) dans "Pile et face" (saison 2, épisode 20).

Personnage principal et éponyme de la série, bien qu’il se soit clairement fait voler la star par ses parents et ses frères au fil des saisons, il n’en demeure pas moins que l’âme et le cap de la série reposent sur lui. On le découvre âgé de 11 en 6ème, en classe spécial des surdoués, on le quitte âgé de 18 ans, en Terminale puis en première année de Fac à Harvard. Et depuis ?

Comme Lois est cette mère toute puissante qui ne se trompe jamais, la facilité et l’évidence serait de mettre en application le "cursus honorum" très précis qu’elle a échafaudé pour son génie de fils. Toutefois, Malcolm n’aurait encore "que" 36 ans, environ. Un peu trop jeune pour être déjà Président des USA, ou même Gouverneur. Procureur ou directeur d’ONG seraient donc plus crédibles. Mais est-ce pour autant vraisemblable ? Malcolm irait-il forcément dans le sens de sa mère ? Il est majeur depuis longtemps, n’a plus de comptes à lui rendre. On peut imaginer qu’avec son potentiel et son talent, il a eu maintes opportunités au cours des dernières années, et plus aucune raison de les refuser.


On imagine Malcolm brillamment diplômé de Harvard, spécialisé dans les sciences et la technologie (Malcolm est un surdoué de type scientifique, et non pas de type littéraire, et surtout pas artiste, comme en témoigne son incapacité à comprendre la musique, même avec les leçons de Dewey).


Dans un épisode de la saison 2 où il est question de son orientation, il s’avère, après des tests, que Malcolm peut "techniquement" tout faire. Ce sont les capacités. Mais cela ne fait pas la vocation. Et justement, dans cet épisode, "Malcolm" est pris entre toutes sortes de projections de lui-même dans diverses carrières, sans qu’il puisse les départager ou en convoiter une plus que l’autre. Toutefois, au gré des saisons, il se dirige clairement vers la recherche, l’ingénierie et la technologie : faire des expériences en physique et en chimie, créer de nouvelles molécules pour l’industrie pharmaceutique, l’aérospatial, l’élaboration de théorèmes et d’algorithme en informatique. C’est ce dont il est question dans l’épisode final, quand il se voit proposer un juteux contrat pour ses travaux avec Stevie.


Or, depuis 2006, époque de cet épisode, les technologies informatiques, Internet, les réseaux sociaux, le e-commerce, les GAFAM, l’IA, et la pensée transhumaniste ont complètement envahi la Silicon Valley, et leurs dirigeants sont aujourd’hui les hommes les plus riches et puissants de la planète. La richesse, l’argent, le pouvoir, la liberté, c’est tout ce qui a manqué à Malcolm, tout au long des saisons, subissant son milieu, sa pauvreté, son environnement, sa famille. On sait aussi, à travers plusieurs épisodes et storylines, que Malcolm a de sérieuses tendances aux dépenses futiles, au bling-bling et à la mégalomanie. On se souvient de cet épisode où, découvrant le généreux chèque d’une bourse lui ayant été accordée (ou ce qu’il en reste, après que Hal et Lois aient fait des folies avec…), Malcolm s’empresse de tout dépenser… pour s’offrir un égotrip avec un shooting photo. On sait aussi l’amour qu’il voue aux voitures et aux produits de luxe. Bref, Malcolm a un gros potentiel de flambeur et de businessman.


Si on associe et qu’on secoue toutes ces données ensemble (« génie", "science", "technologie", "mégalomanie", "bling bling", "argent", "Silicon Valley", "business", "pouvoir", "Président"), on obtient… quelque chose qui se rapprocherait d’un Elon Musk. Eh oui. Bizarrement, Malcolm pourrait avoir pris cette direction, se rapprochant effectivement du pouvoir présidentiel, ayant gagné une grande influence dans le monde de la tech, des sciences et d’Internet, devenu riche, mais continuant de se faire toujours pas mal d’ennemis par ses choix impulsifs, ses dérives autoritaires, narcissiques et mégalomaniaques. Lui qui, pourtant, courrait toujours autant derrière la validation et l’amitié d’autrui, tout en continuant de mépriser à peu près tout le monde.


Toutefois, il n’est pas difficile non plus d’imaginer que, pour diverses raisons, Malcolm a simplement échoué, ou bifurqué, et que sa situation soit celle, beaucoup plus simple, modeste et "saine" d’un professeur d’université ou d’un boss de la recherche.


Le seul élément tangible et confirmé que nous ayons pour l’instant sur sa situation, c’est qu’il aurait… une fille. Ah. Malcolm est donc (déjà) papa. C’est là un véritable parti pris des scénaristes. Malcolm n’a jamais été hyper chanceux en amour.


En outre, on peut parier, sans trop de risque, et on le souhaite, que Malcolm est toujours aussi ami et proche avec Stevie, qui a de grandes chances d’être son associé dans les affaires. 


Francis : chouchou des enfants, sauf des siens ?

Twentieth Century Fox Film Corporation

Christopher Masterson (Francis) dans "Je ne suis pas un monstre" (saison 1, épisode 1).

De tous les membres de la fratrie, Francis était clairement le plus "éligible" et crédible pour être déjà père, une ou plusieurs fois. Certes, Piama lui avoue détester les enfants, au cours de leur première dispute. Et Lois ne rate pas une occasion de décourager tout projet de maternité de sa belle fille peu à son goût. Mais Francis, malgré son passé de délinquant, a développé un grand sens des responsabilités, et surtout : il a la cote avec les enfants. En témoigne l’épisode de l’anniversaire du père de Hal, où une horde de neveux et nièces lui courent après et ne le lâchent pas. Il s’illustre aussi par ses talents d’animateur auprès des plus jeunes au ranch Groto. Son seul échec en matière d’enfants, c’est son rôle de moniteur avec les "boutons d’or", ce groupe de jeunes filles scoots très débrouillardes qui ne font qu’une bouchée de lui. On peut tout imaginer avec Francis.

Toujours marié à Piama, divorcé de Piama, remarié, ou re-divorcé. Sans enfants, avec enfant unique, ou avec une ribambelle d’enfants. La paternité aurait toutefois le mérite d’ouvrir de nouvelles perspectives d’intrigues pour ce personnage malheureusement négligé et mal abordé durant les deux dernières saisons. De plus, on voit bien en quoi cela pourrait être un nouveau front et un nouveau sujet de confrontation dans ses relations orageuses avec sa mère. Francis s’obstinant à présenter Lois comme une vilaine grand-mère à son ou ses enfants, et ayant à cœur de lui prouver que son mode d’éducation non-traumatique, basée sur la bienveillance, la gentillesse et l’absence de punition, est nettement supérieur aux méthodes drastiques de Lois. Francis, papa poule, ou papa "pote", mais papa dépassé. Il serait tentant, dans ces conditions, d’imaginer que, arroseur arrosé, Francis se retrouve, à son tour, confronté à un enfant insupportable, dissipé, rebelle, insolent, qui ne le respecte pas. Ironie du sort : tous les enfants aiment Francis… sauf le sien. Lois ne manquerait pas une miette de ce spectacle qui serait, pour le coup, sa petite revanche à elle.

Comble de cette revanche : l’enfant adorerait sa grand-mère, ce qui aurait tout pour alimenter la paranoïa de Francis, y voyant une nouvelle malveillance de Lois cherchant à monter son fils ou sa fille contre lui, et à ruiner sa vie comme elle a ruiné la sienne.

Lois : enfin détendue et mamie-gâteau ?

Twentieth Century Fox Film Corporation

Jane Kaczmarek (Lois) dans "Alerte rouge" (saison 1, épisode 2).

Lois, justement. Elle est devenue un personnage culte du petit écran et de l’histoire des séries en bonne partie à cause de cette figure de mère despotique, autoritaire, toute puissante, parfois sadique, tenant ses enfants et son mari d’une main de fer. Au point de faire oublier sa part sensible et profondément gentille, aimante, romantique et intègre, exploitée dans plusieurs épisodes, mais toujours balayées par le poids du quotidien. Un personnage visionnaire en termes de "charge mental" et autres problématiques féministes devenus de véritables sujets depuis. Or, à ce stade, il n’y aurait plus aucun enfant en bas âge à la maison. Et il est même fort possible que Lois soit déjà à la retraite, débarrassée de son travail harassant à Lucky Aide. C’est donc une Lois libérée-délivrée de son sacerdoce de mère au foyer et d’employée que l’on retrouverait.

Une Lois enfin détendue ? Mieux vaut ne pas le penser trop fort, tant les problèmes peuvent surgir de partout, et qu’il lui reste auprès d’elle son plus grand enfant : Hal. Mais toutefois, c’est incontestablement une Lois beaucoup moins stressée et à cran que l’on a des chances de retrouver. Cela peut être un "choc" et presque une déception pour l’audience, très attachée à ses crises de nerfs et ses sursauts d’autorité. Mais cela peut aussi être une aubaine et une vraie manne scénaristique : une Lois devenue une mamie gâteau, aux petits soins avec ses petits enfants. De quoi aigrir et rendre fous ses fils qui ne comprennent pas comment leur mère autrefois si dure a pu se transformer en adorable mamie. Un cas loin d’être fantaisiste ou isolé, puisque nombreux sont les jeunes parents de la génération Y à faire le même constat avec leurs propres parents.  

Hal : en roue libre, plus que jamais, avec de nouvelles lubies ?

Twentieth Century Fox Film Corporation

Bryan Cranston (Hal) dans "Le somnambule" (saison 6, épisode 7).

Difficile d’imaginer un retournement de situation réciproque pour Hal, que l’on voit mal être devenu un grand-père aigri et méchant. On l’imagine tout aussi gaga, et toujours aussi faible et manipulable avec les enfants. Hal à la retraite, débarrassé de sa fastidieuse routine d’employé de bureau, c’est presque le cauchemar de Lois : un Hal oisif, livré à lui-même entièrement libre de s’adonner à toutes les lubies qui lui passeront par la tête, et qui auront créé plusieurs des plus grands moments de la série. Après la marche athlétique, la danse d’arcade, les mini-quilles, le modélisme, les rollers, les robot-tueurs, la radio pirate, la peinture, le rouleau compresseur, et tant d’autres passions éphémères, on s’attend à tout, et au meilleur. Sans oublier la principale et plus grande passion de Hal dans la vie : sa femme. Avec la retraite et les enfants tous partis de la maison, le tête-à-tête amoureux tant espéré, si souvent rêvé, qui plus est débarrassés de la menace d’une nouvelle grossesse, cela laisse imaginer une ambiance torride à la maison, levant définitivement tous les tabous sur la sexualité active des séniors.

Donnée extra-diégétique et exogène, mais tout sauf négligeable : depuis l’arrêt de la série, Bryan Cranston a fait la carrière que l’on connaît. C’est clairement l’acteur qui a fait le parcours le plus notable dans tout le casting, à la télé comme au cinéma, entre autres avec Breaking Bad. C’est donc la personnalité qui a le plus d’influence et de "pouvoir". Cela se concrétise déjà par son statut de producteur exécutif. Et on se souvient qu’à l’époque, il était à la réalisation de plusieurs épisodes des dernières saisons. Dans ses interviews, Cranston a eu bien des occasions d’exprimer sa nostalgie envers le personnage de Hal, et son désir de l’incarner à nouveau. On le comprend. C’est quand même plus fun et réjouissant que Walter White. Mais on sent aussi qu’il a eu une influence énorme (et très positive) sur le développement du personnage de Hal, censé à la base être plutôt secondaire et en retrait. On est donc plutôt tentés de lui faire confiance et rassurés de le voir si investi dans le projet, qui n’aurait jamais pu se faire sans lui, de toute évidence. Mais la nostalgie peut aussi être mauvaise conseillère, et n’est pas une raison suffisante pour ressusciter une série…

Enfant mystère : et si cette fois, ce n'était pas un garçon ?

On ne sait rien de l’enfant surprise dont on découvre que Lois est enceinte, dans l’avant-dernière scène du final. Sauf si les scénaristes avaient curieusement décidé d’ignorer complètement l’existence de cette scène, ce personnage était difficile à contourner. En effet, à l’image de la plupart des programmes made in USA qui préfèrent ne pas trop se mouiller sur le sujet, l’avortement semble une chose inconcevable dans les séries américaines, et ce qui nous apparaît à nous, européens, comme une option évidente, ne l’est pas du tout outre-Atlantique. Ainsi, bien que leur situation financière souvent critique ne leur permette absolument pas d’avoir un nouvel enfant, à chaque fois qu’un accident de contraception s’est produit, Hal et Lois ont assumé jusqu’au bout.

Et c'est bien ce qui semble s'être passé ici, une fois de plus, puisqu'on a eu la confirmation que le 6ème enfant de la famille avait été casté, en la personne de Vaughan Murrae. On a même un prénom pour le personnage : Kelly. Une première fille dans la fratrie ? En plus de l’improbabilité statistique qu'aurait été le contraire, il était extrêmement tentant, presque incontournable, d’en faire la première et unique fille de la famille, clin d’œil appuyé au fameux épisode où Lois s’imagine ce qu’aurait été sa vie si ses garçons avaient été des filles.

Mais une élément brouille (volontairement ?) les pistes. Il a rapidement été remarqué et révélé que Vaughan Murrae se revendique comme un·e acteur·ice non binaire. Probable que cela ne soit pas un hasard et ait été un critère dans la distribution du rôle, en vue d'en faire un élément scénaristique.

Malcolm est une série satirique qui a toujours su mêler humour caustique au vitriol et une forme de bienveillance très feel-good. On peut donc faire confiance à la série (si ses auteurs n'ont pas perdu leur mojo !) pour exploiter ce détail avec finesse, intelligence et surtout : drôlerie.

En tout cas, ce personnage encore très mystérieux aura déjà 18 ans, et on aura escamoté toute son enfance. Et c'est donc déjà jeune adulte qu'on le découvrira, avec une personnalité déjà "toute faite". Avec tout ce que cela implique dans le fragile équilibre d'une fratrie très explosive et la façon dont cela peut avoir redistribué les cartes au sein de la famille !

Jamie : mais qui es-tu ?

Twentieth Century Fox Film Corporation

James & Lukas Rodriguez (Jamie) dans "800 dollars plus les frais" (saison 6, épisode 20).

Lorsque l’on quitte Jamie, dans le final de la série, il est âgé d’à peine 3 ans. S’il a commencé à se distinguer par quelques sous-intrigues mémorables, comme son idylle lyrique avec une petite voisine dans l’épisode musical "Opéra", et le fait d’être celui des cinq enfants qui aura été le plus proche de tuer sa mère, Jamie était encore trop petit pour que se dessine nettement une personnalité identifiable. Ainsi donc, difficile de spéculer sur le devenir de ce personnage. On sait juste qu’il aura environ 21 ans, tout juste sa majorité américaine, possiblement en études ou déjà dans la vie active.

Reese : à la tête de son propre resto déconseillé aux végétariens ?

Twentieth Century Fox Film Corporation

Justin Berfield (Reese) dans "Le bon copain" (saison 4, épisode 14).

Soyons réalistes (quand même un peu), mais aussi un peu optimistes. La situation de Reese, tel qu’on le quitte à la fin du final, concierge de son ancien lycée et en collocation avec Craig, a peu de chance d’être encore d’actualité vingt ans plus tard. Du moins, on lui souhaite, bien que cela aurait sans doute été amusant d’observer l’improbable sitcom dans la sitcom, née de cette cohabitation qu’on n’avait pas vu venir. On se souvient de l’épisode où Reese refuse avec obstination de trouver un emploi, provoquant des cauchemars à Lois qui l’imagine toujours à la maison à plus de 40 ans, maltraitant ses vieux parents, et arrachant la perruque de Hal devenu chauve. À la fin de l’épisode, c’est Reese qui est épouvanté par la vision d’une Lois âgée, obèse et incontinente, dont il doit changer les couches. Ce cauchemar fait suite à l’apparition d’une folle aux cheveux de serpent qui est entrée dans sa chambre pour lui hurler dessus en pleine nuit. On peut donc, raisonnablement, écarter cette hypothèse, peu réjouissante, d’un Reese jouant les Tanguy.

Certes, pour quelqu’un qui a travaillé en abattoir, Reese n’a jamais été le couteau le plus affuté de l’étui. Mais pourtant, les couteaux, il sait bien s’en servir, et au cours de la série, il s’est révélé être un génie lui aussi… de la cuisine. Un talent particulièrement mis en scène dans le repas de Thanksgiving de la saison 5 et quelques épisodes, mais jamais exploité à fond, la série s’accrochant à son profile de cancre. Il serait tentant, et peut-être évident, de reconnecter le personnage, devenu adulte, à sa vocation.

Reese n’a pas inventé l’eau chaude, mais il sait la faire bouillir dans ses casseroles, et donc sans se départir de sa bêtise confondante et bizarrement attachante, on peut imaginer la brute au grand cœur devenue chef cuistot, à la tête de son propre restaurant. Avec un ou une associé(e), bien sûr, car on imagine mal Reese gérer une affaire seul (pourquoi pas une petite amie ou une épouse ?).

En plus d’un contexte stimulant et prétexte à plein de situations cocasses, ce serait en plus un clin d’œil amusant et presque parodique à une des séries qui cartonne le plus sur Disney+ : The Bear, où l’on suit la brigade d’un restaurant, dans l’urgence et le stress des cuisines et des plats à envoyer. Il se pourrait d’ailleurs, dans cette hypothèse, que Reese soit celui qui ait organisé et confectionné tous les plats du banquet d’anniversaire de mariage de ses parents. Et comme avec Reese, sabotage et grosses cata ne sont jamais loin…

Dewey : une vie de pacha, comme sur un nuage de barbapapa ? 

Twentieth Century Fox Film Corporation

Erik Per Sullivan (Dewey) dans "Alerte rouge" (saison 1, épisode 2).

Ce ne sont pas les éléments qui manquent pour tirer des plans sur la comète en ce qui concerne le fabuleux destin, maintes fois prophétisé, du préféré, du chouchou, de celui que tout le monde aime, de celui qui est mignon, de celui à qui on offre des cadeaux, de celui pour qui les oiseaux chantent et dont les nuages écrivent le nom dans le ciel. Si beaucoup de scènes et d’épisodes accumulent des preuves accablantes du contraire, le montrant comme le souffre douleur de ses frères et le petit dernier négligé de ses parents, Dewey est une boule (orange) d’optimisme résilient. Une attitude qui allait être récompensée par le karma, si l’on en croit Lois, dans le final de la série. Alors qu’elle annonce une vie d’humiliations, d’obstacles et de difficultés à Malcolm, elle glisse en passant que celui qui aura le droit à une vie amusante et légère, dans le luxe et l’argent, ce sera Dewey. Un avenir dont le petit garçon semblait déjà avoir l’intuition lorsque, au début de la saison 3, il lance à son grand frère, Francis, une invitation à venir vivre dans son château lorsqu’il sera SDF.

Dans la vraie vie, Erik Per Sullivan, l’interprète de Dewey a pris un chemin opposé au bling bling du show business. Tournant le dos à une carrière d’acteur, il s’est pleinement investi dans ses études, et aux dernières nouvelles données par sa maman de fiction, Jane Kaczmarek, il serait professeur de lettres, spécialiste de Dickens. De tous les membres du casting, Erik Per Sullivan est celui dont le retour à l’écran était le plus improbable pour ne pas dire impossible. Et cela, malgré l’immense popularité de son personnage, devenu culte à travers plusieurs répliques et de nombreuses scènes.

Après des révélations récentes sur le casting des nouveaux épisodes confirmant l'absence d'Erik Per Sullivan, on aurait pu s'attendre à ce que cela entraine l'effacement de son personnage de l'intrigue. Cela aurait pu être prétexte à une explication farfelue, en rajoutant un max sur cette vie de nabab et de pacha que sa mère lui promettait, en suggérant qu’il est quelque part dans un somptueux palais aux murs en barbapapa, entouré d’animaux et de serviteurs, à se faire dorloter et à se faire confectionner des costumes sur mesure, tout en achevant l’écriture de sa 5ème Symphonie et son huitième opéra. Avec Dewey, tout est possible.

Mais c'est un autre choix, radical, qui a été fait, puisque l'on a appris récemment que le personnage de Dewey, bel et bien maintenu dans la série, avait été recasté et sera interprété par un tout nouvel acteur, à la ressemblance assez troublante et crédible avec son prédécesseur. Un sacré parti pris : faire comme si de rien n'était. Postulat concevable considérant l'énorme espace de temps séparant le final de la série des nouveaux épisodes. Nul doute que l'absence d'Erik Per Sullivan et son remplacement feront grincer quelques dents et froisseront quelques coeurs de fans. Mais tant que l'esprit du personnage, sa personnalité et son originalité, sont préservés et bien restitués, cela devrait passer, voire susciter de belles surprises, qui sait. 

Craig : toujours geek, toujours vieux garçon, toujours amoureux ?

Twentieth Century Fox Film Corporation

David Anthony Higgins (Craig Feldspar) dans "Tolérance zéro" (saison 4, épisode 12).

Vingt ans après le final, on peut supposer que la collocation de Craig et Reese n’est plus d’actualité. De plus, la possible retraite survenue avec l’âge, mettrait fin à l’aventure Lucky Aide, décor familier et très inspirant de ce supermarché où il travaillait avec Lois. Pour autant, on a du mal à concevoir un retour de Malcolm sans Craig, personnage secondaire le plus récurrent de la série, du pilote au final.

A deux épisodes du final, on le voyait chevauchant une grosse moto, prêt à partir sur les routes pour y rendre la justice, comme le héros de la série Kung Fu ou comme Michael Knight dans K 2000. Mais un troupeau libéré par Reese en décidait autrement, piétinant Craig, sa moto, et tous ses rêves d’évasion au passage. C’est que Craig est un amoureux inconsolable, qui a pour lui la constance de ses sentiments. Follement épris de Lois depuis toujours, il vit "dans l’espoir", comme il aime le dire.

Dans cet avant-avant-dernier épisode, Lois cédait à sa prière de lui donner un semblant d’espoir auquel se raccrocher, et elle posait ses conditions : si Hal mourrait avant elle, et qu’elle était vieille, incontinente et impotente, il y aurait une petite chance pour qu’une relation soit possible entre elle et lui. Il n’en fallait pas plus à ce vieux garçon, employé paresseux, geek binoclard et malchanceux. Le célibat lui colle tellement à la peau, qu’on a du mal à imaginer une évolution de son personnage vers un couple ou une famille. Sans doute qu’il sera très exactement là où on l’a laissé, avec tous ses défauts et ses quelques qualités, mais toujours aussi drôle.

Lionel Herkabe : retour du némésis de Malcolm en maître de la cryptomonnaie ?

Twentieth Century Fox Film Corporation

Chris Eigeman (Lionel Herkabe) dans "On ira tous au paradis" (saison 6, épisode 13).

Il ne totalise que 9 apparitions sur les 151 épisodes, entre la saison 3 et la saison 7, et pourtant, Lionel Herkabe, le professeur cynique, tête d’ampoule aigrie et ratée, devenu proviseur, est un des personnages qui aura le plus marqué la série. On adore le détester, et on se délecte de ses passes d’armes acides avec Malcolm, dont il est le parfait Némésis. La prestation du comédien Stéphane Ronchewski, qui assure la VF du personnage, ajoute énormément à l’aura diabolique du personnage, maniant à la perfection le ton sarcastique avec une voix toujours insinuante. Petite ironie faisant écho à une autre rivalité fameuse : c’est ce même comédien qui est le doublage VF de Damon Wyans aka Michael Kyle (le père) dans Ma Famille d’abord.


A priori, pas de raison justifiée de faire revenir Lionel Herkabe pour 4 nouveaux épisodes, 20 ans plus tard. Il n’est pas un membre de la famille. Malcolm et lui ne sont plus censés se recroiser. Mais on se prend à rêver à un retour de ce personnage. Et dans l’optique d’un Malcolm qui serait devenu une sorte d’Elon Musk, un génie de la science et de la tech aux airs de businessman ambitieux et mégalo se rapprochant de plus en plus du monde politique en vue de la Présidence, on imagine aisément un Lionel Herkabe, plus opportuniste, magouilleur et revanchard que jamais, qui convoite certains postes, en quête de pouvoir et d’argent, ou ayant fait fortune (et bientôt banqueroute) avec des investissement douteux dans la cryptomonnaie. Tout à fait son genre. Qu’il cherche à se rapprocher de Malcolm pour mieux le manipuler, ou qu’il cherche à lui faire de nouvelles crasses et du chantage, en lui prodiguant l’une de ses leçons de vie machiavéliques, ce serait l’occasion d’une confrontation ultime, désopilante et jubilatoire, entre ces deux ennemis jurés.  

L'art du surplace en sitcom

On rêvasse, on divague, on s’amuse, mais tout cela n’est et reste que pures spéculations. À ce stade, on ne sait quasiment rien de ces 4 épisodes inédits en préparation, et précisément : ils sont encore en préparation. Certaines décisions n’ont peut-être même pas encore été prises, en termes de scénario ou de mise en scène. On peut toutefois espérer que Linwood Boomer, Bryan Cranston et les autres membres historiques de l’équipe savent ce qu’ils font, et pourquoi ils le font. Tout est possible, et mieux vaut garder l’esprit ouvert, sans trop se monter la tête ou se fixer sur des attentes. Le risque de déception et ratage est déjà assez conséquent comme cela.

Certes, Malcolm est une série remarquablement écrite, les idées foisonnent, on alterne entre 4 à 5 storylines par épisodes, rivalisant toutes d’inventivité et d’originalité, les vannes fusent et s’enchainent sur parfois plus de quatre temps, les dialogues sont ciselés et servis par un sens du rythme exceptionnel. Mais quand on y regarde de plus près : le scénario n’est pas forcément, en tout cas pas uniquement, ce qui fait l’essence de la série. Les procédés de mise en scène, les cadrages, les décors extérieurs, le montage qui donne le rythme, les transitions dynamiques et ingénieuses, les choix musicaux, tout cela participe au miracle, et il est absolument crucial de retrouver ce savoir faire dans les épisodes inédits. Il pourrait y avoir les meilleures idées scénaristiques du monde, si le reste ne suit pas, si l’équipe a perdu la recette, son "mojo", on aura une sensation étrange de réchauffé, d’affadissement, de fatigue, de "trop tard". Et cela pourrait laisser un goût très amer au public.

Finalement, ce que devient tel ou tel personnage, ce n’est pas si important. Malcolm n’est pas une série à "intrigue". C’est du pur comique de situation. Et de là, n’importe quelle situation, même la plus improbable et absurde sur le papier, peut devenir une bonne idée. Reese en burka qui se retrouve marié en Afghanistan, ou qui fait partie d’une meute de chiens, ou qui décide de s’envoler pour le Paradis sur une chaise à ballons… On aurait lu ces idées dans un article, on aurait craint le pire. Or, c’est parfaitement amené dans la série, et juste hilarant. Et surtout : jamais cela n’affecte en profondeur le caractère des personnages et le microcosme de la série.

Car Malcolm repose sur un principe commun à de nombreuses sitcoms : l’art du surplace narratif. Les personnages ont beau vivre toutes sortes d’aventures folles en cours d’épisodes, à l’arrivée : tout est bien, qui finit plus ou moins bien, et tout redevient "normal". C’est comme foutre le bazar dans une chambre, le temps de jouer, mais tout ranger à la fin, jusqu’à la prochaine partie. Ce principe est crucial, et il participe énormément à la sensation de "comfort show" et de "feel good", de légèreté et de bien être, que l’on ressent devant ces séries : rien n’y porte vraiment à conséquences. C’est l’éternel retour, le contraire de la pesanteur (on se retrouve à paraphraser Kundera et sa thèse de L’insoutenable Légèreté de l’être. On est entre têtes d’ampoule, ou bien ?).

Certes, les personnages ont évidemment évolué au cours des saisons, les garçons sont passés d’une classe à l’autre, Lois a eu un autre enfant, Hal a vécu un procès pour sa compagnie, Francis a beaucoup bougé… mais tout cela reste des changements assez superficiels et au second plan. Les repères fondamentaux de la série sont immuables, à commencer par la maison, et même la météo (il fait toujours le même temps dans Malcolm). Cette notion de prévisibilité crée la "sécurité" et le "home sweet home" des séries doudous, où l’on sait que même si les choses les plus dingues se produisent, tout rentrera dans l’ordre (ou le désordre habituel).

Ainsi donc, ce qui va être important avec ces nouveaux épisodes, c’est moins ce que deviennent les uns et les autres, que la permanence des procédés d’écriture et de mise en scène, le maintien des repères spatiaux et des décors familiers, et un effet de continuité (difficile) malgré le vieillissement et le changement physique des personnages. Et là, on pourrait passer de Kundera à Proust, et penser au Bal des têtes à la fin de La Recherche du Temps Perdu : c’est les mêmes personnes, mais ce ne sont plus les mêmes personnes. L’effet d’irréalité et le vertige du temps peuvent aller de la nostalgie la plus réconfortante à l’inconfort le plus désagréable.

Dans Malcolm, le temps est comme suspendu, ou en boucle. Critère clé pour maintenir tout ce fragile équilibre, peut-être perdu à jamais, et surtout, limiter les dégâts : ne surtout pas commettre l’erreur, très tentante, de trop intégrer le contexte politique ou géopolitique dans l’intrigue. Malcolm est une série inoxydable, qui traverse bien les époques, en bonne partie parce qu’elle n’est absolument pas politisée. Sociologique, à bien des égards, oui, mais surtout pas politisée, ou trop identifiable historiquement. Elle semble baigner dans un entre-deux permanent entre années 90 et années 2000, sans marqueur temporel précis. D’ailleurs, jamais la série n’a fait la moindre allusion ou référence explicite à un événement aussi traumatisant que les attentats du 11 Septembre, qui ont pourtant eu lieu en pleine production de la saison 3. Rien. On est dans une petite bulle, à l’abri.

"On s'en fout" (devise de l'équipe de nuit à Lucky Aide)

Et si, finalement, la meilleure réponse à ce que sont devenus les personnages de Malcolm, n’était pas la devise de l’équipe de nuit à Lucky Aide selon Craig : "On s’en fout" ?

On le sent, en se prêtant au jeu des spéculations sur le devenir des personnages, en se replongeant dans les bons souvenirs des épisodes, ou en évoquant le côté "doudou" de la série : un vent de nostalgie souffle sur les spectateurs, et pas que sur eux. Les comédiens eux-mêmes sont pris par cette nostalgie, et c’est d’ailleurs de là que part ce projet de revival. Ces dernières années, Frankie Muniz a revu la totalité de la série pour la première fois, avec sa femme. Quant à Bryan Cranston, il a exprimé plusieurs fois sa tendresse pour le personnage de Hal et son envie de le retrouver.

Tout cela se comprend, et fait même plaisir. Mais la nostalgie est mauvaise conseillère, et surtout, souvent ingrate avec les projets qu’elle inspire. Ce qu’elle aspirait tant à retrouver, elle le rejette sans ménagement lorsqu’elle ne s’y reconnaît pas. Et elle n’a quasiment aucune chance de s’y reconnaître. Car, sans surprise, ce n’est jamais comme avant. Plus rien ne sera jamais comme avant. Les acteurs et les membres de l’équipe ont vieilli. Nous, les spectateurs et les fans, aussi. Le temps a passé, le monde a changé. Rien ne saurait égaler l’expérience de revoir, à volonté, les 151 épisodes de la série. Et il y a un risque énorme d’abimer cet univers et ses personnages, en voulant recommencer.

Nous sommes ici face aux questionnements que pose tout revival ou tout reboot, à une époque qui les enchaine de plus en plus. Avec le succès très modéré voire les fours que l’on connaît. On s’étonne donc qu’il y ait encore des producteurs pour s’y risquer, tant l’expérience finit souvent en douche froide et laisse un goût très amer au public, comme la souillure de quelque chose qu’on aurait dû laisser pur et intact. C’est contre-intuitif quand on est fan et passionné, mais il faut laisser les univers se reposer ou mourir de leur belle mort. C’est une forme de deuil à part entière.

Le risque est énorme, de toucher ainsi à Malcolm, une des rares séries considérées comme "parfaites", du pilote au final, qui n’a jamais "jumped the shark", comme ils disent aux USA (expression devenu proverbiale, référence à la sitcom des années 70, Happy Days, où un épisode montre Fonzy sauter au-dessus d’un requin, devenant le symbole absolu d’un "barrage en live", du moment où une série dévisse et perd en qualité). Le risque de décevoir et d’abimer les personnages est réel. On a trop connu cela avec les grandes sagas, "chiant" littéralement sur plusieurs de nos univers favoris en prétendant nous les faire retrouver.


Peut-être que le meilleur compromis, pour Malcolm, aurait été de faire un épisode spécial "Reunion", à l’instar de ce qui avait été fait pour Friends, avec tout le casting. Ce format avait bien fonctionné, et évité ce petit goût de "reviens-y" parfum biscuits moisis et périmés du placard de grand-mère Ida. L’émotion des retrouvailles serait là, les bons souvenirs, les anecdotes de tournage, et libre aux acteurs de spéculer eux-mêmes, à leur tour, sur le devenir de leur personnage. Il en a été décidé autrement. Mais comme ce sont "seulement" 4 épisodes qui ont été annoncés, à moins qu’il s’agisse là d’une première livraison pour "prendre la température" du public, il se peut aussi que ce soit un format choisi à dessein pour servir d’épilogue à la série. Refermer le livre une fois pour toutes. Un hybride entre revival et épisode de réunion du casting.


Il n’y a plus qu’à espérer que le résultat soit source de belles surprises, de joie, de rire et de réconfort ! Et dans tous les cas : il nous restera toujours les 7 saisons.

Commentaires

2 commentaires
  1. Charlotte dit :

    Très bel article !

  2. Eddy dit :

    Allez je mets un ptit commentaire parce qu’on sent que vous aviez beaucoup de choses à dire haha

    Beaucoup de bonnes idées en tout cas mais si je n’aimerais pas un côté Elon Musk pour Malcolm 😬
    Et pour Reese, je l’imagine bien assagi et qui subit les crasses des gamins ou d’un gamin en particulier du quartier, comme ce que lui a fait subir aux autres pendant des années 😂

    Bref total confiance en Linwood Boomer, les acteurs et tous ceux qui vont bosser sur ce revival
    Ma seule crainte est évidemment côté vf pour certains personnages, j’espère quelque chose de proche de ce qui a été fait pour la série…

    Merci et bravo pour cet article !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même sujet

Mots clés : , , ,