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Jean-Louis Faure est la voix française de Bryan Cranston (photomontage). © DR
Jean-Louis Faure est la voix française de Bryan Cranston (photomontage).

C’est avec beaucoup de générosité, en temps et en confidences, que Jean-Louis Faure a accepté de répondre, en toute décontraction, aux questions de Malcolm France. Avec lui, c’est un pan de télévision et de cinéma que nous avons rencontré, mais aussi, un peu notre papa à tous pendant des années, avant de prêter sa voix au redoutable prof de chimie dealer de méthamphétamine.

Ce tête à tête avec Jean-Louis Faure a évidemment été l’occasion de lui poser plein de questions sur le monde du doublage, sa carrière de comédien, ses débuts, ses plus belles rencontres, sa relation à l’acteur Bryan Cranston, les films et séries sur lesquels il a travaillé (vous avez encore pu l’entendre tout récemment, dans Joker, en tant que VF de Thomas Wayne ! Encore un papa ! Et quel papa ! Celui de Bruce Wayne / Batman lui-même !), et bien sûr : son expérience avec la série Malcolm, les coulisses de cette version française particulièrement culte et réussie à laquelle tant d’entre nous restent attachés.

De quel grand acteur hollywoodien Jean-Louis Faure s’est-il retrouvé la première VF ? Par quelle heureuse circonstance est-il entré dans l’aventure Malcolm, devenant non seulement la voix de Hal, mais aussi celle de Bryan Cranston ? Comment se déroule une session de doublage ? Comment devient-on comédien de doublage ? Pourquoi le doublage de la série Game of Thrones a été si difficile et particulier (Jean-Louis Faure y prête sa voix à Ser Davos) ?

Jean-Louis Faure nous dit tout !

« Je travaille avec ma voix »

Voix française ? Comédien ? Comédien de doublage ? Comédien spécialisé dans le doublage ? Si, dans le langage courant, on a tendance à user familièrement du terme « doubleur », il n’a pas forcément la préférence des professionnels, qui le trouvent réducteur, occultant leur statut de comédien. Avant toute chose, une petite mise au point terminologique s’imposait avec l’intéressé.

« Comédien spécialisé dans le doublage, c’est ce qu’il y a sur Wikipédia. C’est vrai que depuis des années, je ne fais pas de cinéma, je ne fais pas théâtre. Mon existence professionnelle est dans le doublage. Je travaille avec ma voix. Cette appellation reflète donc la réalité. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Je n’avais pas une fibre théâtreuse comme certains de mes camarades »

Une réalité qui n’a pourtant pas toujours été aussi pleinement consacrée au doublage, pour ce comédien de formation qui se souvient avec humilité de ses débuts qui ont eu bel et bien lieu sur les planches, et non pas tout de suite dans les studios d’enregistrement.

« J’ai commencé comme la plupart des comédiens en faisant du théâtre, avec plus ou moins de succès, plutôt moins, d’ailleurs. C’est un peu ce qui m’a amené vers le doublage, parce que je ne gagnais pas ma vie sur les planches. Et puis je n’avais pas une fibre théâtreuse comme certains de mes camarades. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Si le doublage a été pour lui, initialement, un refuge financier et une opportunité toute pragmatique de gagner sa vie, cela est aussitôt devenu beaucoup plus que cela :

« J’y ai trouvé beaucoup de satisfaction professionnelle, et j’y ai trouvé une famille. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Aujourd’hui, l’accès aux studios de doublage est très compliqué, voire pratiquement impossible »

Une « famille », une fois qu’on l’a intégrée, mais il ne faut pas s’y tromper : un milieu devenu de plus en plus difficile d’accès, comme le constate Jean-Louis Faure, non sans s’estimer heureux d’avoir l’âge qu’il a aujourd’hui :

« C’est un peu plus compliqué pour les jeunes, car l’accès aux studios est plus compliqué. Il faut vraiment passer par écoles et rencontrer des directeurs artistiques avant d’être admis et faire des tous petits rôles. Avant on pouvait entrer facilement dans les maisons de doublage. Maintenant, c’est très compliqué, voire pratiquement impossible. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France
Alexandre Salcedo / Malcolm France

Jean-Louis Faure, le 26 octobre 2019.

Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi, comme se souvient le comédien en se replongeant dans ses débuts, l’apogée des années 80, où la situation était radicalement différente :

« Il y a plus de trente ans, c’était une époque bénie, il y avait beaucoup de travail. Il n’y avait pas tout l’afflux de comédiens qui veulent faire du doublage. C’était un secteur assez méprisé. On rentrait comme on voulait, on rencontrait les directeurs artistiques qui avaient besoin de nouvelles voix, de voix jeunes. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Je n’ai pas galéré dans le doublage comme j’avais galéré dans le théâtre »

À l’opposé de sa carrière au théâtre qui peinait à prendre son essor et à le faire vivre, Jean-Louis Faure avoue modestement avoir rapidement trouvé ses marques dans le doublage, un contexte plus favorable où ses talents de comédien ont pu mieux s’épanouir :

« J’ai compris assez vite le système, j’étais relativement doué. […] J’ai eu tout de suite du travail. Je n’ai pas galéré dans le doublage comme j’avais galéré dans le théâtre. Très vite, j’y ai rencontré des gens qui sont devenu une famille, j’y ai créé des amitiés. Parmi ces amitiés, il y avait des gens qui eux-mêmes dirigeaient. Et les choses se sont faites assez vite, assez facilement. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Et c’est le moins que l’on puisse dire ! Puisque, dès ses tous débuts, le jeune comédien encore inexpérimenté dans le doublage, se retrouve la toute première voix française de l’un des plus légendaires acteurs d’Hollywood, qui n’était encore lui-même qu’un débutant, un bodybuilder autrichien apparaissant dans des films kitch sur le culturisme. Un certain Arnold Schwarzenegger…

Prestigieux détail voxographique qui ne s’oublie pas, penserez-vous ! Et bien, pas si sûr, manifestement ! Réaction hallucinée de l’intéressé :

« Qui ? Moi ? Non ! »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Amusé mais toujours un peu incrédule, Jean-Louis Faure nous laisse le bénéfice du doute, sans cacher sa surprise :

« Eh bien, c’est un scoop. Heureusement, que je suis assis. J’avais zappé ça complètement. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Ce doublage enfoui existe pourtant bel et bien, et fait le miel des amateurs de nanars oubliés.

« Je dois beaucoup à Catherine Le Lann, elle m’a véritablement imposé sur le doublage de Malcolm »

Parmi ces fameuses amitiés avec des « gens qui dirigeaient », il y a celle qui le lie, depuis plus de 18 ans, à Catherine Le Lann, directrice artistique qui a hérité de Malcolm. La chasse aux voix françaises était lancée, et Catherine Le Lann avait déjà son avis tout fait sur la question, au moins sur un des comédiens, dont elle allait par-là même changer la carrière et la vie :

« C’est quelqu’un qui m’a fait confiance. Je lui dois beaucoup. Quand la série lui a été confiée, elle a pensé à moi. Elle m’a véritablement imposé. Le directeur de la maison de doublage ne me connaissait pas. Elle a vraiment insisté, sûre d’elle-même. Et je me suis retrouvé un matin, dans un studio de Libra Films, devant un épisode de Malcolm. Et grâce à elle, j’ai pu continuer à doubler Bryan Cranston par la suite, dans Breaking Bad. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« On s’est vraiment beaucoup amusés sur le doublage de Malcolm »

« On enregistrait tous les étés, généralement aux mois de juin/juillet. Et donc, déjà, on avait un peu chaud. On passait des journées un peu survoltées. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Survoltées », on a aucun mal à l’imaginer, à la seule pensée de toutes ces scènes cultes où l’excentrique famille d’allumés de notre tête d’ampoule préférée se surpasse dans une surenchère de frasques délirantes. Du fun et des fous rires à la clé, bien sûr, pour les spectateurs. Mais les comédiens de doublage, alors ? S’ils n’ont pas à incarner les personnages à l’écran, ils n’en doivent pas moins apposer la voix la plus crédible possible, s’emparer de leur personnage, capter leur énergie, et recréer toutes les émotions par lesquelles ils passent dans leurs folles aventures. Un travail exigeant qui se mêle au jeu de la comédie :

« On s’amusait beaucoup, mais c’était quand même quand même physique. On sortait de là, on était lessivés. C’était un tel bonheur qu’on était récompensés d’avoir tout donné. Mais fallait y aller. La comédie, c’est physique, il faut avoir des ressources. On s’est beaucoup amusés, vraiment. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Un amusement qui, malgré toute la rigueur de l’exercice, peut laisser imaginer une petite place pour l’improvisation chez les comédiens. Loin s’en faut, comme le précise aussitôt Jean-Louis Faure :

« On a eu la chance d’avoir de bons adaptateurs. Déjà, ça c’est important. Il n’y a donc pas de raisons d’ajouter des choses. Ce que font les acteurs originaux, c’est tellement bien, inutile d’en rajouter. On ne s’est pas autorisés tellement de trucs. Peut-être une fois, par-ci, par-là. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Hal est plus dingue que tous ses mômes réunis ! »

« On », c’est bien sûr les comédiens assurant le doublage des cinq enfants de la famille, Brice Ournac pour Malcolm et Donald Reignoux pour Reese, pour ne citer qu’eux, mais aussi, bien sûr, la comédienne Marion Game, qui a prêté sa voix à l’épouse despotique de Hal : Lois. Un couple vocal qui s’est rendu la réplique pendant 7 saisons de disputes ou de dialogues torrides. Mais à la vie, alors ?

« On ne se connaissait pas vraiment avec Marion. Ça a fonctionné tout de suite. Je la connaissais, mais je n’avais jamais vraiment travaillé avec elle. Ca a été une découverte pour moi. Là aussi, il fallait que ça marche. Ça a été le choix formidable de Catherine Le Lann de nous associer tous les deux. Elle a une oreille formidable. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France
P. Roths / KCS Presse

Marion Game est la voix française de Lois dans « Malcolm ».

Mais de toute la famille, c’est sans conteste le personnage de Hal, qui se distingue rapidement comme le personnage le plus original, dont le succès ne fut qu’un prélude à celui de son interprète original. Une position centrale dans la série dont sa voix française a très vite été conscient :

« On voit très vite que c’est un personnage essentiel, que c’est le plus dingue de la famille. Il est plus dingue que tous ses mômes réunis. Dès le début, je l’ai ressenti comme ça. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Une folie qui ne va pas sans les célèbres pétages de câbles que l’on connaît. Des performances particulièrement extrêmes qui font incontestablement de Hal le rôle le plus intense et sportif à doubler. Jean-Louis Faure le réalise d’autant mieux, des années après :

« Des choses que je pourrais peut-être plus faire aujourd’hui, parce qu’il y a vingt ans, j’avais des capacités pulmonaires qui ne sont plus les mêmes aujourd’hui. Mais c’est vrai que c’était physique. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« On n’avait aucune idée du succès que ça allait avoir. »

Lorsqu’on lui demande s’ils avaient anticipé le succès que rencontrerait la série en doublant la toute première saison durant l’été 2001, Jean-Louis Faure se refuse à jouer les prophètes à retardement :

« On ne sait jamais. On n’avait aucune idée du succès que ça allait avoir. Mais nous, ça nous amusait tellement, ou trouvait ça tellement original, et décalé, qu’on pouvait imaginer que ça allait plaire. Vingt ans après, ça marche toujours, c’est génial. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Qui dit série phénomène, dit scènes cultes. Bryan Cranston a plusieurs fois confié que sa scène préférée est celle des rollers. Ironiquement, c’est une des rares scènes où le personnage est complètement muet, la scène étant essentiellement musicale. C’est tout naturellement que l’on demande à son tour à son alter ego vocal quelle scène l’a le plus marqué.

« Il y a l’histoire des Lego. Je trouve cette chose complètement folle. Cela m’avait vraiment frappé. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France
Twentieth Century Fox Film Corporation

Erik Per Sullivan (Dewey) dans « Malcolm brûle les planches » (saison 2, épisode 9).

Puis, après un petit temps de réflexion, le comédien trouve une autre réponse, plus enthousiaste encore :

« Il y a une scène aussi que j’avais adoré, mais ça ne concerne pas Hal, c’est Lois sur le parking du supermarché, qui s’engueule avec une autre bonne femme, et elles commencent à jouer aux auto-tamponneuses avec leurs bagnoles. J’avais trouvé ça à mourir de rire. Mais dans chaque épisode, il y a des choses vraiment très drôles. Il y a une invention de la part des scénaristes qui est étonnante. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France
Twentieth Century Fox Film Corporation

Jane Kaczmarek (Lois) dans « L’étrange Noël de Monsieur Hal » (saison 6, épisode 6).

« Sur le doublage de Game of Thrones, ils étaient vraiment paranoïaques »

Avec la création de nouveaux networks et de nouvelles plateformes, le marché de l’audiovisuel vit une profonde métamorphose dans ses méthodes de production et de diffusion, pour satisfaire ses spectateurs et ses abonnés toujours plus accros et exigeants. De nouvelles méthodes qui ont quelque chose de déconcertant pour les « vieux de la vieille », et qui surprennent ceux qui, comme Jean-Louis Faure, ont connu l’âge d’or du doublage français des années 80/90. Parmi les nouveaux cas de figure auxquels il est parfois confronté, il déplore tout particulièrement que les comédiens ne puissent parfois pas enregistrer ensemble, en même temps, dans une vraie dynamique de dialogue :

« Ça se perd beaucoup, parce que des productions comme Netflix veulent absolument mixer chez eux, quelque fois à Londres ou à Hollywood. Ils veulent absolument avoir des pistes séparées pour pouvoir mixer, eux, comme ils l’entendent. Ce qui fait que quelque fois, on est même ensemble sur le plateau, mais on enregistre chacun séparément. C’est un vrai problème. Surtout quand il s’agit de scènes de comédie. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

La nouvelle ère des séries depuis près de 15 ans, avec Internet, c’est aussi la toute nouvelle psychose du « spoiler » et des fuites. Une obsession qui peut vite tourner au délire et à la paranoïa pour les plus grosses productions comme Game of Thrones, série phénomène récemment achevée où Jean-Louis Faure prêtait sa voix à Ser Davos. C’est avec cette série que le comédien garde ses souvenirs les plus improbables :

« On a eu ce genre de petits soucis avec Game of Thrones, pas tout le temps, mais il y a eu un moment où on venait enregistrer avec des images en noir et blanc, traversées par des bandeaux de copyright. Le pire, ça a été l’image totalement noire avec simplement des ronds dans lesquels il y avait les têtes des acteurs qu’on doublait. Pour le directeur artistique, c’était impossible. Nous, on ne savait pas ce que l’on jouait. C’est arrivé une fois, ça. Game of Thrones, c’était n’importe quoi. Ils étaient vraiment paranoïaques. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France
HBO

Liam Cunningham (Davos Mervault) dans « Game of Thrones » (2011-2019).

Si la folie des doublages de Game of Thrones reste une exception, Jean-Louis Faure constate malgré tout que le culte du secret a significativement changé l’accès aux studios d’enregistrement de façon générale :

« Maintenant, quand on arrive au studio, il faut une application sur le téléphone portable. C’est vraiment n’importe quoi. Mais au moins, une fois sur le plateau, l’image est relativement correcte. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

L’évolution du marché audiovisuel, c’est aussi le support DVD et le streaming sur Internet entraînant la démocratisation de la VO, devenue le nouveau chic et « ringardisant » la VF pour tout une frange des spectateurs. Mais la riposte s’est organisée, plusieurs passionnés de VF ayant pris la défense de cet art à part entière qu’est le doublage, et les comédiens d’exception qui en sont les plus belles voix. Un regain d’intérêt qui s’inscrit dans une « guéguerre » de cinéphile qui n’a pas lieu d’être pour Jean-Louis Faure :

« Il y a un vrai intérêt, et même temps, il y a les puristes qui ne veulent voir les films et les séries qu’en VO. Donc, il y en a pour tous les goûts. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Habitué à exercer son métier dans le confinement des studios d’enregistrement accessibles aux seuls initiés, Jean-Louis Faure n’a pu que s’émerveiller de l’accueil de plus en plus chaleureux et enthousiaste des fans dans les conventions où il est désormais invité, participant d’une « starification » inédite des comédiens de doublage :

« J’ai fait une convention pour la première fois au mois d’avril. Je me suis bien amusé. J’ai trouvé ça très sympa. J’ai vu d’un seul coup une clientèle de jeunes, de moins jeunes, des gens qui venaient pour avoir des autographes, des photos, pour discuter, j’étais vraiment étonné. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Rien n’est jamais acquis »

Si la rémunération des acteurs est souvent rendue publique et fait l’objet de médiatisation outrée, celle des comédiens qui les doublent vocalement est, à l’image des autres aspects de leur profession, entourée de mystère. C’est en toute simplicité que Jean-Louis Faure a bien voulu nous en dire plus sur le sujet, à commencer par la question des droits que toucheraient les comédiens de doublage sur l’exploitation de leur voix :

« Des droits, on en a. Ils sont généralement payés avec le cachet, pour disons, vingt ans, trente ans. Et on est payés à la ligne. En fonction des lignes qu’on fait dans la journée. Il y a un tarif télévision et un tarif cinéma. Le cinéma est payé un peu plus cher. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Nullement mal à l’aise sur le sujet et même soucieux d’être précis, le comédien complète sa réponse par un cas particulier :

« Après, il y a ce qui s’appelle des gré à gré. Moi, pour l’instant, je n’en ai jamais profité. Par exemple, si Bryan Cranston fait un 35 [un long-métrage de cinéma], je peux essayer de demander une certaine somme indépendamment du lignage. C’est ce que font mes camarades qui doublent, par exemple, Bruce Willis [Patrick Poivey] ou Sylvester Stallone [Alain Dorval]. S’il y a un prochain Cranston en sortie cinéma, je crois que j’essaierai de demander un gré à gré. Ça me sera peut-être refusé. Rien n’est jamais acquis. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Quand j’ai doublé Ted Danson, je n’étais pas très convaincu au départ »

« Rien n’est jamais acquis. » Une dure leçon que tout comédien de doublage garde à l’esprit, expliquant sans doute, en partie, leur légendaire humilité. Jean-Louis Faure en a fait l’expérience les quelques fois (trois, d’après ses comptes) où le doublage de Bryan Cranston ne lui a pas été confié, pour des raisons inconnues de lui-même. C’est aussi ce qu’il a pu constater par la façon, inattendue et quelque peu abrupte, dont il a soudain hérité du doublage de l’acteur Ted Danson dans ses derniers rôles.

NBC

Ted Danson (Michael) dans « The Good Place » (2016).

« Pour Ted Danson, c’était un peu particulier, parce que j’ai remplacé un camarade qui avait déjà enregistré une quarantaine d’épisodes des Experts. Mais au moment de la diffusion, la chaine a estimé que cela ne correspondait pas bien à l’acteur. Donc c’était très embarrassant. Pour moi, ça a été très compliqué. Pour lui aussi évidemment. Cela s’est arrangé. La chaine voulant absolument le remplacer, j’étais été choisi sur essai. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

La victoire modeste, Jean-Louis Faure fait volontiers preuve de recul critique quant à son travail, comme lorsqu’il nous confie ses sincères réticences quant à sa prestation vocale sur l’acteur Ted Danson, et ne cache pas la perplexité qui fut la sienne quant au choix de sa voix par les directeurs artistiques :

« J’étais pas très convaincu, au départ. La voix que j’entends projetée dans l’auditorium, elle ne me plait pas toujours. En plus, Danson, maintenant, je connais bien sa voix originale, et je trouvais que j’en étais assez loin. Sur The Good Place, j’ai moins ce soucis, parce qu’on me rassure. On a besoin de ça aussi. Les gens te disent : « Si on t’a choisi, c’est que ça marche, ça colle. » Mais j’ai toujours un souci avec ça. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Bryan Cranston me comble vraiment […] pour moi c’est un rêve réalisé »

Quand on lui demande si son statut de doubleur principal de Bryan Cranston a pu éventuellement lui fermer des portes ou l’accès à la VF d’autres acteurs, Jean-Louis Faure se montre serein :

« Non, parce que je fais quand même d’autres choses. J’ai même pu rajouter deux-trois acteurs qui travaillent bien, pour lesquels on a pensé à moi. Après, peut-être, je ne suis pas dans la tête de tous les directeurs artistiques. C’est arrivé à quelques uns de mes anciens camarades. Et puis ma voix, je la change un petit peu. Je n’ai pas une voix très caractéristique. Même si des gens reconnaissent parfois ma voix. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Et pour cause ! Avec tous les rôles qu’il a eu l’occasion d’assurer au cours des dernières années, Jean-Louis Faure a eu le temps de se faire une petite place, même inconsciente, dans l’oreille des spectateurs. Parmi ces rôles, un des plus étonnants et des plus prestigieux, à l’occasion d’un « redoublage » : celui de Cary Grant dans L’impossible Monsieur Bébé (1938). Acteur légendaire d’Hollywood pour lequel Jean-Louis Faure exprime toute son admiration et son intimidation face au doublage d’un classique du 7e Art :

RKO Pictures

Cary Grant dans « L’impossible Monsieur Bébé » (1938).

« J’ai fait ça il y a longtemps. On m’a dit que c’était bien. Moi, j’ai une passion pour cet acteur. J’adore Cary Grant. Je trouve que c’est vraiment un des plus grands acteurs américains de cette époque là. J’ai réécouté L’impossible Monsieur Bébé en VF. D’abord, je n’avais pas la même maturité qu’aujourd’hui. J’ai dépassé l’âge du rôle, mais je pense que je m’en sortirais mieux qu’à l’époque où j’étais quand même un peu jeune. Puis, lui, je le trouve tellement formidable. Moi, je me trouve en dessous. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Autre exercice auquel le comédien prête volontiers sa voix, celui du documentaire. Un genre qu’il apprécie tout particulièrement :

« J’adore ça. Je n’en fais pas tant que ça d’ailleurs. J’aime bien. D’abord parce que j’apprends des trucs. Ce sont souvent des choses de grande qualité. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

C’est avec beaucoup plus de réserve, et décidé à ne plus en faire, qu’il évoque le cas très particulier des jeux vidéo :

« J’en ai fait, mais je ne veux plus en faire. Ça ne m’amuse pas trop. C’est des fichiers, on n’a pas d’images, il faut pousser des cris. Et puis comme je vis moitié ici, moitié à Paris… On te fait venir pour une séance, et 8 jours après on te rappelle : « On a rajouté 3 phrases, faudrait que tu passes ». Même si en général les studios qui font ça, c’est des jeunes très sympas. Il y a une ambiance très agréable. Malgré tout, moi, je n’éprouve pas beaucoup de plaisir à le faire, donc je n’en fais plus. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France
DR

Bryan Cranston en 2016.

Mais au final, de toutes ces expériences diverses et variées, Jean-Louis en revient toujours à celui à qui il estime devoir la meilleure partie de sa carrière :

« Je suis très heureux de la rencontre que j’ai faite avec Cranston. C’est ce que j’aurais aimé jouer si j’avais été acteur dans des films ou des séries. Moi, il me comble vraiment. J’essaie de me mettre le plus possible à son niveau. Ce n’est pas facile. Quand on me dit que j’y arrive, alors là, c’est ma légion d’honneur. Pour moi, c’est un rêve réalisé. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

« Mes nouveaux projets m’amusent beaucoup, parce que ça n’a rien à voir avec Malcolm »

« Pour l’instant, je termine The Good Place. A priori, c’est la fin. Et puis, je viens de commencer une série assez amusante. C’est dans le milieu des travs américains. Je fais un vieux travelo noir et aveugle. Ça m’amuse beaucoup parce que ça n’a plus rien à avoir avec Malcolm ou autre chose. C’est un exercice très nouveau, mais très marrant. Pas évident. Il faut être crédible, il faut être sincère. On a fait une journée d’enregistrement, c’était très sympa. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

Mais Jean-Louis Faure n’en a peut-être pas tout à fait fini avec Malcolm. Avec les rumeurs persistantes, colportées par Frankie Muniz et Bryan Cranston eux-mêmes, la série culte n’a jamais semblé si proche d’un retour, sous la forme d’un long métrage. Et lorsque l’on demande au comédien s’il est prêt à rempiler au cas où on lui propose le rôle de reprendre le rôle de Hal, sa réponse oscille entre enthousiasme et prudence :

« J’espère bien. J’espère aussi que Marion sera là. On verra ça dans quelque temps. Pour l’instant, on est dans l’expectative. »

Jean-Louis Faure à Malcolm France

On verra. Ou plutôt, on écoutera !

Paige Price et Frankie Muniz photographiés en septembre 2017. © David Livingston / Getty Images
Paige Price et Frankie Muniz photographiés en septembre 2017.

Ceux qui suivent de près l’interprète de notre tête d’ampoule favorite avaient pu le découvrir sur Twitter : le 15 novembre 2018, tout juste de retour de Marseille, où nous avions eu le plaisir de le rencontrer une fois de plus, Frankie Muniz accumulait les catastrophes. En plus de la perte douloureuse de son oncle, le jeune homme annonçait que, une fois rentré en Arizona, il avait retrouvé sa maison complètement dévastée par une terrible inondation provoquée par… un de ses chats.

La tweet de la résurrection

Passés le choc et la douleur, le jeune couple semblait avoir retrouvé le moral, et entrepris de nouveaux projets, comme celui de se marier, annonçant leurs fiançailles dans la foulée. Pas de temps à perdre !

Le 27 juillet dernier, ils ont de nouveau créé la surprise sur Twitter, en publiant une vidéo précédée de ce message :

« Il y a 9 mois, Paige et moi nous perdions notre maison et tout ce qu’elle contenait à cause d’une inondation provoquée par mon chat. Cela pourrait bien avoir été une des meilleures choses qui nous soient arrivées. Nous avons perdu des objets, mais nous avons gagné une vie. »

Frankie Muniz sur Twitter

Retour en émotion sur le drame

La vidéo proposée est à l’image de ce message : une leçon de vie, pleine de philosophie.

Dans les premières minutes, Frankie et Paige reviennent tout d’abord sur la catastrophe et leur choc en découvrant leur maison dévastée. Chaque pièce est présentée avant/après, ce qui permet de mesurer l’ampleur du sinistre, et du traumatisme pour le jeune couple ayant tout perdu du jour au lendemain. L’émotion est encore vive pour Paige qui peine à parler et ne peut contenir ses larmes. Un témoignage comme l’Amérique sait le faire, à grands renforts de musique, qui pourra en agacer certains, tant nous sommes peu habitués à cet art du storytelling ici en France…

Toutefois, l’émotion cède vite place à un discours plus positif et optimiste. Frankie évoque tout d’abord les neuf mois de galère de démarche avec les assurances et les travaux qui s’annoncent très longs. L’acteur âgé de 34 ans confie avoir toujours été d’une nature extrêmement anxieuse, toujours stressé, au point que cela l’aurait empêché… de vivre, tout simplement, de profiter d’une vie pourtant privilégiée, de s’autoriser à faire des choses, hors de sa zone de confort.

Rendez-vous en terre inconnue

C’est ainsi que le couple, devenu « SDF [de luxe] », a investi dans un camping-car, non pas pour y cuisiner de la meth, comme un certain Bryan Cranston dans sa série phare, mais bien pour voyager, voir du pays, partir à l’aventure.

Décidément très philosophe, Frankie Muniz n’a rien perdu de son affection pour le chat qu’il lui reste, et il lui est même reconnaissant pour son énorme bêtise, y voyant désormais l’instrument de sa libération quasi-spirituelle. Car notre ancienne « tête d’ampoule » semble converti à la pensée minimaliste, selon laquelle on vit mieux et plus heureux avec un minimum de biens matériels, permettant de s’émanciper d’une vie casanière et routinière, consommatrice et matérialiste. « Les choses que l’on possède, finissent par nous posséder », disait un certain Tyler Durden… et bien avant lui, des générations de philosophes remontant aux stoïciens.

Ayant vécu une véritable résurrection à travers leur nouvelle vie nomade pleine d’aventures à travers les États-Unis, le jeune couple a décidé de partager son voyage avec le public, sous forme de vlogs, à découvrir prochainement. Vous serez au-rendez-vous ?

Pour ceux qui seraient déjà conquis, le couple a déjà ouvert un site où l’on peut retrouver l’histoire de leur maison, le récit de leurs fiançailles, et bien sûr, des premiers détails sur leurs aventures.

Voir le site de Frankie et Paige